23 avril, fête des enfants à Hakkari : couleurs républicaines – couleurs kurdes.

Yüksekova 23 avril fête des enfants. lycéennes robes kurdes

Comme chaque année, la Turquie célébrait la fête des enfants le 23 avril  Une fête très républicaine à laquelle participent tous les enfants des écoles. On commémore le même jour la souveraineté nationale : le 23 avril 1920 se constituait le premier Parlement de ce qui deviendra, 3 ans plus tard, la République de Turquie et est présidé par Mustafa Kemal Atatürk.

Les écoles de  Yüksekova et de Semdinli, dans la province kurde d’Hakkari  étaient mobilisées pour la fête. Les représentants de l’État aussi. Ce jour là des gendarmes ont distribués des cadeaux aux enfants à Hakkari.

Mais un peu comme les fêtes du Heiva (14 juillet) en Polynésie française, qui sont davantage une  grande fête de la culture polynésienne, avec ses concours de danses, d‘himene (chants polynésiens)  et courses de pirogues qu’une fête républicaine, pour la fête des enfants la culture kurde de la province est de plus en plus à l’honneur.

Comme toute fête républicaine, cela commence par l’hymne national. A Semdinli,  les représentants de l’armée participaient à la cérémonie officielle. Il est vrai que dans les lycées du pays, des gradés sont aussi chargés de cours. Les autorités municipales (BDP) par contre ne s’y sont pas associées.

Semdinli 24 avril fête des enfants hymne national  soldats

Et naturellement Atatürk, le père de la nation, omniprésent dans les programmes scolaires, est célébré. Dans le lycée  anatolien de Yüksekova, TOKI un autre symbole de l’État, plus contemporain celui là, est aussi affiché.

Yüksekova fête des enfants 23 avril TOKI Atatürk

Deux petits privilégiés ont pris la place du kaymakam, le représentant de l’État dans le district pour l’occasion. (A Ankara, c’est au bureau du chef de gouvernement que d’autres se sont assis).

Yüksekova 23 avril fête des enfants. officiels

Des costumes rouge et blanc, couleurs de la République de Turquie pour ces petits de Yüksekova. Une tenue républicaine très musulmane (vue son âge)  pour une des petites filles.

Yüksekova 23 avril fête des enfants.rouge et blanc

En version rouge, noir et blanc pour ceux -ci.

Yüksekova 23 avril fête des enfants. rouge blanc noir

Rouge et blanc, encore, à  Semdinli

Semdinli 24 avril fête des enfants rouge et blanc

Celles-ci  ont adopté le rose que les poupées Barbie ont fait adorer des petites filles, même à Yüksekova (hélas)

Yüksekova 23 avril fête des enfants. rose

Rose rouge pour les filles et costumes et danses kurdes pour tous, par contre pour ces petits de Semdinli

Semdinli 24 avril fête des enfants danses kurdes

Dans la même école, un professeur a initié sa classe au théâtre loufoque.

Semdinli 24 avril fête des enfants théâtre

Si les écoles de Foca sont au bord de la mer, les écoles de Semdinli ont bien vue sur la montagne. Moins de touristes s’y rendent, n’empêche que la région est superbe.

Semdinli 24 avril fête des enfants vue montagne

Plus de danses en rouge et blanc, mais danses en costumes kurdes aussi, pour les plus grands dans les écoles de Yüksekova.

(cela doit sans doute aussi dépendre du professeur et si l’école est fréquentée ou non par les enfants des forces de l’ordre, policiers et militaires)

Yüksekova 23 avril fête des enfants.  danses kurdes 4

Séance de pose dans les beaux vêtements kurdes avec le professeur

Yüksekova 23 avril fête des enfants. costumes kurdes. 2

Encore mieux quand on y est aussi les vedettes, dans les robes kurdes des jours de fêtes. Yüksekova 23 avril fête des enfants. robes kurdes

Dans cette classe, c’est la kina gecesi (nuit du henné) d’un mariage kurde qu’on a dansé. Le fiancé est rayonnant. Bon, le vert du voile de la fiancée est juste passé à l’orange (on est dans une école de la République quand-même)

Yüksekova 23 avril fête des enfants. costumes kurdes

La fiancée resplendissante dans sa robe rouge. Le fiancé semble davantage intimidé depuis qu’elle a retiré son voile.

Yüksekova 23 avril fête des enfants. mariage kurde 2

Un air plus modeste pour la fiancée (qui a bien appris la leçon) devant la corbeille du kina. Le fiancé semble toujours aussi intimidé.

Yüksekova 23 avril fête des enfants. mariage kurde

Les invités de la noce, dansent. Il y a pas bien longtemps , c’étaient les tenues portées par tous les villageois et villageoises du district. Ces coiffes à pompons multicolores sont quand-même plus seyantes que le foulard islamique contemporain. Ils sont beaux aussi les garçons.

Yüksekova 23 avril fête des enfants.  costumes kurdes 4Yüksekova 23 avril fête des enfants.  mariage kurde 6A partir des années 80, comme la langue et les chants, les costumes kurdes ont été interdits par la République. Dans les villages ils sont restés tolérés, mais de telles festivités étaient inimaginables il n’y a pas si longtemps,dans des écoles, principales vecteurs du bourrage de crâne républicain.

Ce monsieur doit se réjouir de voir ainsi danser ses petits enfants.

Yüksekova 23 avril fête des enfants.  grand père

A Hakkari, chef lieu de la province,  des festivités officielles étaient organisées pour la « fête de la souveraineté nationale et des enfants ». Là ça devient sérieux : c’est  le moment de l’hymne national.

Hakkari 23 avril fête des enfants officiels

C’est sous le regard d’un fondateur de la République géant et d’un immense drapeau que les petits font leur show

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. danses orientales

Des danses et robes kurdes d’Hakkari aussi parmi  les prestations.

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle

Ambiance républicaine dans le public

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. public

Pour les officiels de la province, un repas champêtre « de la paix » était organisé. Enfants et femmes n’étaient pas conviés aux réjouissances (machiste la République à Hakkari ? ).Madame la maire d’Hakkari, BDP, nouvellement élue a sans doute décliné l’invitation.

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. repas. 2Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. repas

On y dansait quand-même le halay entre hommes :  ceux qui mènent la danse sont peut-être (pas certain) des notables de villages korucus

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. halay

Le 23 avril, c’est aussi le jour où on rappelle que ce n’est pas la fête pour tous les enfants en Turquie, où plus de 8 millions d’enfants sont contraints de travailler, comme les petits cueilleurs de fraises de la région de Mersin.

Le BDP, le parti kurde qui n’a pas pris part à cette fête très républicaine rappelle que nombreux enfants ont été tués par l’Etat cette dernière décennie en Turquie, et comme pour les adultes leur mort reste systématiquement impunie.

 

Enfants tués par l'EtatBerkin Elvan (14 ans) dont le prénom – et la maman – est kurde et qui est devenu le principal symbole  de la répression (et de l’impunité) policière du mouvement Gezi, n’est que le dernier d’une longue liste. La plupart des enfants tués sont kurdes, comme  Ugur Kaymaz, 12 ans, assassiné de 14 balles par des policiers à Kiziltepe (Mardin ) ou  Ceylan Önköl (14 ans) dont la famille avait elle même du rassembler le corps déchiqueté à Lice (Diyarbakir). Ou encore Seyfullah Turan (16 ans) frappé violemment à la tête  à coups de crosse de fusil, sous l’œil d’une caméra de TV tandis qu’un de ces camarades (14 ans ) se noyait dans la rivière glacée en fuyant, il y a cinq ans, un  23 avril 2009 à Hakkari.

 

 

 

 

 

 

Noces sanglantes à Semdinli.

Cet été après ramadan, quand la saison des mariages a repris dans la province d’Hakkari, l’ambiance n’y était plus tout à fait la même. Les tensions étaient telles, que les kina gecesi (nuit du henné), qui lancent les festivités qui durent généralement deux jours en Turquie, avaient été supprimées. Trop risquées, car à la différence de la fête de mariage proprement dit, où on se ne rend que sur invitation (et pour apporter sa contribution au couple) la kina gecesi est ouverte à  tous. Des inconnus peuvent s’y introduire. Trop dangereux.

D’ailleurs on ne savait vraiment jamais ce qui pouvait arriver. Tout le monde continuait à faire comme d’habitude ses courses jusqu’à une heure tardive les nuits précédant les fêtes de Seker Bayram à Yüksekova , mais en se disant qu’une bombe pouvait exploser à tout moment. Pour ma part je pressais le pas à chaque fois que je passais devant le barrage de police; qui bloque la rue où se trouve le poste de police.

Et dimanche dernier, pour la deuxième fois en un peu plus d’un an, une fête de mariage a été endeuillée. Une voiture piégée a explosé en plein centre  ville, au passage  un véhicule blindé de la police. Il y a eu  26 blessés dont 2 graves, la plupart des civils (2 policiers ont été blessés)  et un mort, un enfant de 11 ans Faris Demircan, qui rentrait d’un mariage et  dont les funérailles ont été célébrées aujourd’hui, tandis que les commerces restaient fermés en signe de deuil et de protestation.

  Le 12 septembre 2011, il y a donc un peu plus d’un an, un dimanche aussi, le PKK avait attaqué en pleine ville   3 cibles en même temps : le commissariat de police, la  gendarmerie et un poste de contrôle de police.  On se doute bien que la date anniversaire du coup d’état militaire de 1980 n’avait pas été choisie au hasard pour une attaque d’une telle ampleur.

Seulement c’était la date aussi qu’avaient choisie (ou avait été contraintes de choisir, tant les dates de mariage font l’objet de stratégie) plusieurs familles pour des fêtes de mariages. Il y avait 3 mariages  dans la ville ce jour là . L’un d’eux s’était retrouvé au centre de tirs croisés entre les PKK et les forces de l’ordre, comme on le voit sur la vidéo filmée dans la salle de mariage. Il y aura 3 morts dans les combats , 3 victimes collatérales, dont un gosse de 14 ans, tués avec un de ses parents : la voiture qui les ramenait à leur village avait été la cible d’une roquette. Ils avaient peut-être été pris pour des combattants en fuite (d’un des 2 camps)

« Quels que  soient les responsables de la violence, nous la  condamnons » a déclaré Esat Canan, le député BDP élu par la population de Semdinli. Faisant écho à ce que doivent penser ses administrés, il se garde bien pour le moment de désigner les responsables en question; mais rappelle les événements du  9 novembre 2005 à Semdinli. Et il interroge sur la fameuse caméra qui a filmé l’explosion. Pourquoi une caméra de surveillance à cet endroit? Il demande que les responsabilités de cet attentat  soient clairement établies.

Des propos qui condamnent tous les recours à la violence mais qu’on  peut sans doute traduire par « her sey olabilir« .(tout est possible).

Je quittais justement Yüksekova où j’étais venue passer  les fêtes de seker bayram, le mardi 9 novembre 2005 au matin.  Et c’est à Van que j’ai découvert sur les chaînes de TV ce qu’on appellera tout de suite le scandale de Semdinli. L’attentat contre la librairie Umut (deux morts) et ses responsables, des gendarmes, pris la main dans le sac par la population de la ville. Une population qui était aux abois.  Il y avait déjà  eu  une série d’attaques étranges les semaines précédentes . Et quand j’avais demandé à des amis qui était responsable de l’attaque à la roquette  qui avait laissé sa trace sur une des vitres du café où nous buvions un thé, la réponse avait été ‘her sey olabilir« … »mais on pense à des provocations ».

« Her sey olabilir« , c’est une expression qu’on entend souvent dans la province d’Hakkari.

Il y a deux ans, des enfants m’avaient montré la trace laissée dans le sol  par l’explosion d’une mine posée par le PKK, qui avait blessé de nombreux soldats, une dizaine de jours plus tôt dans leur quartier. Des vitres de maisons voisines avaient été soufflées par l’explosion. Pas de victimes collatérales cette fois. Mais ça fait un moment que la violence est à nouveau dans les villes et pas seulement dans les montagnes. Et qu’elle fait de nombreuses victimes civiles.

Seulement  évidemment, alors que tout le monde craint  depuis des semaines  que la violence actuelle ne soit encore attisée par des provocations, ces victimes civiles  tombent « au bon moment ». Les médias commencent à s’émouvoir des centaines de prisonniers kurdes dont la vie est maintenant en danger par la grève de la faim qu’ils suivent depuis plus de 50 jours pour certains. Dorénavant le gouvernement ne peut plus rester indifférent.  Et à  Hakkari on doit encore souvent se dire « her sey olabilir » :  des PKK dépassés par l’ampleur du mouvement civil extrême des grévistes de la faim  ou des provocateurs. Les nombreux yorum (commentaires) déposés sur l’article des Yüksekova Haber relatant les événements  témoignent de ces interrogations.

Ajout du 9 novembre :  une semaine après les faits le PKK a reconnu la responsabilité de l’attentat, promettant que les responsables seront jugés ( sous-entendu par ses propres tribunaux ), ce qui ne devrait sans doute pas suffire à calmer les colères. Un des 2 blessés graves est mort de la suite des ses blessures ce même jour : Ibrahim Demir. Il avait 17 ans et était originaire du village d’Altinsu (Sapatan), comme les trois civils tués le 12 septembre 2011

 

 

 

 

Semdinli : Nevroz officiel – Newroz réel. (cuvée 2012)

Voilà en images ce qu’a donné  le fameux  Nevroz officiel, à Semdinli dans la province d’Hakkari. En effet pour tenter d’en finir avec ce fichu  Newroz, temps fort des mobilisations kurdes en Turquie, les autorités onttenté de le turquifier dans les années 90, comme Etienne Copeaux l’expliquait sur son blog.

On peut aimer.

Ou préférer l’ambiance du Newroz en rouge vert jaune, qui avait lieu le même jour dans la petite ville, près des frontières irakienne et iranienne.

 

 

 

 

 

 

Uludere : les images filmées par les drones montraient que les F16 bombardaient des civils.

Les images filmées par les drones  corroborent les  témoignages des   villageois d’Uludere et des 2 seuls survivants du massacre par des F16 de l’armée turque, de 34 petits contrebandiers , le 28 décembre dernier.  C’est ce qu’ont constaté les membres de la commission parlementaire en charge  des Droits de l’homme, après avoir  visionné le 4 heures sur les 9 heures filmées par ces drones, rapporte les journaux  Bianet et Today’s Zaman.

Enfin les membres de cette commission qui se sont exprimés. La plupart des  députés AKP ont choisi de ne pas le faire,  arguant de la confidentialité de l’enquête. Parmi ceux-ci, seul Sener qui dirige  la sous commission  Uludere  l’a fait en estimant qu’il était difficile de voir que les groupes bombardés étaient  de simples contrebandiers, il  préfère attendre d’avoir l’ensemble des données pour tirer les premières conclusions. Sinon même Attilla Kaya, député MHP (extrême droite) trouve étrange « que des membres de l’organisation terroriste se transforment  en cible aussi parfaite ».

Les députés de l’opposition CHP et BDP , parmi lesquels figurent entre autre Hüseyin Aygun, un avocat député CHP de Tunceli et Ertugul Kürkçü, député BDP  de Mersin et ancien compagnon de Deniz Gezmis (pendu après le 12 mars 1972))   estiment quant à eux  que les 4 heures visionnées montrent très clairement que les groupes que les F16 allaient bombarder. à 4 reprises entre 21 h 40 et 22 h 30 étaient des villageois qui se livraient à un banal et très peu discret trafic de contrebande.

Voici la chronologie des événements rapportée par Malik Özdemir, député (CHP) de Sivas.

–  17 heures 20 : côté irakien, 4 camions arrivent dans la vallée des rivières Haftanin et Kutalma à proximité de la frontière turque. (les députés relèveront la présence de 8 camions en tout)

18 heures 20 : premières images des villageois. Un groupe de contrebandiers rejoint les camions.

18 heures 55 : arrivée du 3ème groupe de villageois.

19 heures 16 : le premier groupe a fait le plein de marchandises et reprend la route vers la frontière turque.

19 heures 40 : le groupe atteint la frontière turque. Ils attendent à proximité de la frontière jusqu’à 21heures 24, ce qui prouve qu’il y avait des tirs d’artillerie pendant ce laps de temps.

– 21 heures 36, Un drone désigne une cible aux avions par un jet de laser. Premier bombardement

21 heures 43 : second bombardement.

22 heures 04 : troisième bombardement.

22 heures 24 : un groupe de villageois qui suivait est à son tour bombardé (quatrième bombardement)

– 22 heures 45 : des villageois  quittent précipitamment le village pour rejoindre la scène du massacre.

23 heures : Les villageois arrivent sur les lieux.

Ces membres de la commission  indiquent qu’ils n’ont pas eu besoin de  recourir aux spécialistes de ce type d’images, présents lors du visionnage, pour voir qu’il s’agissait de contrebandiers. Selon leurs témoignages, les mules chargées de marchandises sont visibles  à l’ œil nu.  A un moment, un groupe de contrebandiers traversent une rivière en file indienne sur un pont et il est même possible de les compter, ainsi que  leurs mules qui sont plus nombreuses que les hommes.

La façon dont ces garçons communiquent avec le village, la façon dont ils se déplacent groupés et lourdement chargés,  tout   indique qu’il s’agit de civils, déclarent-ils.  Pour ma part j’ai réalisé à quel point le lieu du massacre était proche du village. Qui peut sérieusement croire que plusieurs dizaines de combattants du PKK  (ou un haut commandant  du PKK infiltré au sein d’un groupe de contrebandiers et dont aucun informateur sur place n’aurait pu certifier la présence)  auraient gentiment  attendu  pendant près de deux heures, que l’artillerie se calme pour entrer en Turquie en choisissant de le faire  à 15 mn de villages korucus, ces gardiens de villages rétribués pour se battre contre le PKK . Villages  avec lesquels ils communiquaient par  téléphones portables – des communications faciles à intercepter. Il y a suffisamment de gens en prison pour le savoir en Turquie !

Il serait surprenant que des combattants du PKK qui s’infiltrent s’amusent à communiquer avec des villages  (qui plus est korucus ) par téléphones portables, ou à envoyer des messages à leurs petites copines ( une habitude partagée par les ados de Bordeaux , de Berlin avec  ceux Sirnak/Uludere – en tout cas c’est comme ça aussi à Hakkari. J’imagine donc que certains d’entre eux l’ont fait pendant les deux heures d’attente). Et difficile aussi d’imaginer que ces communications transfrontalières n’aient pas été repérées.

La commission relève aussi que les images montrent qu’après  le premier bombardement, les garçons  se sont tous regroupés, un réflexe de protection qui a fait d’eux une cible parfaite. Des combattants entraînés comme ceux du PKK se seraient au contraire dispersés pour augmenter leur chance de survie (je présume que c’est aussi ce qu’on apprend aux recrues dans les armées régulières..). Ce réflexe vraiment étonnant pour de supposés combattants aguerris n’a pas fait cesser les bombardements.

 

Est-ce que beaucoup d’élus AKP de la région pensent sincèrement que ce  groupe de contrebandiers pouvait être  aisément confondu avec un groupe de PKK ? Certains sont sans doute  inquiets. Les villages de korucus (gardiens de village) comme ceux de Roboski et de Bujeh d’où ils étaient originaires  votent généralement AKP, même si ce n’est pas systématique. Le district d’Uludere a pour sa part voté très massivement BDP (pro kurde) en juin dernier – comme beaucoup de districts entre Hakkari et Nusaybin ( province de Mardin sur la frontière syrienne). J’ignore ce qu’il en a été dans les villages de Roboski et de Bujeh, mais avec ce massacre,  les villages korucus doivent être sous le choc.

En tout cas,  « ceux qui disent être incapables de voir que ceux qui étaient visés étaient des villageois se livrant à de la contrebande,  doivent reconnaître qu’il sont tout aussi incapables de dire qu’il s’agit de combattants du PKK », conclut  le député de Sivas.

La commission  a demandé à visionner des images de véritables combattants du PKK filmées par des drones pour pouvoir  comparer avec celles des villageois d’Uludere. Ils ont aussi demandé des éclaircissements aux 3 spécialistes de l’industrie électronique militaire (ASELSAN) et au 2 officiers de l’état major  présents ce 15 février. Notamment pour quelles raisons, dans quelles circonstances et après avoir pris quels renseignements et près de qui, l’ordre de cette opération  a été donnée à Ankara. En effet, c’est Ankara – c’est-à-dire l’état major et le gouvernement –  et non le commandement régional ; qui dirige les opérations quand elles sont transfrontalières, comme c’était le cas puisque les contrebandiers avaient été contraints d’attendre plusieurs heures de l’autre côté de la frontière par des opérations terrestres. Ils n’ont obtenu aucune réponse indique Bianet.

Ces officiers  venaient auparavant d’être interrogés par le procureur de Diyarbakir, qui est chargé d’une enquête judiciaire. De son côté l’armée a ouvert une enquête sur le rôle de la gendarmerie dans la région.

Est-ce que toutes ces enquêtes permettront de lever le voile sur les circonstances qui ont transformé ces 34 garçons en cible trop parfaite pour les F16 ? Après l’ attentat de Semdinli fomenté par des membres de la gendarmerie contre la librairie Umut (un chauffeur de taxi qui passait avait été tué), en novembre 2OO5, j’assurais à mes amis d’Hakkari (bien plus sceptiques que moi)  que les choses changeaient en Turquie avec la démocratisation et la marche vers l’UE. Et que cette fois les circonstances de ce qui faisait la une des médias, avaient bien plus de chance d’être éclaircies et ses commanditaires punis.

Les premiers temps, le déroulement de l’enquête m’avait donné complètement raison. Puis le procureur chargé de l’enquête avait été limogé… Il a enfin fini par être réintégré dans ses fonctions. Les poseurs de bombes qui, à la différence de gosses lanceurs de pierre arrêtés depuis par la police  dans la même petite ville, attendaient la fin de leur procès en liberté, viennent d’ être condamnés. Ce qui est un progrès comparé aux périodes précédentes.  Mais comme dans le procès Hrant Dink, seuls ceux qui avaient été pris la main dans le sac ont été condamnés. Aucune trace de complot … malgré le nombre élevé  de ceux qui sont emprisonnés parce qu’ils sont suspectés d’avoir comploté contre le gouvernement. Le journal Radikal parle du » syndrome – il y une organisation, mais on n’a pas pu la trouver ».

Ce qui est certain, c’est que le massacre des 34  petits contrebandiers d’Uludere (la plupart n’avaient pas 20 ans et le plus jeune 13 ans) a choqué la région de façon sans doute encore plus  profonde que le scandale de Semdinli,. Les images de leurs funérailles seront certainement omniprésentes dans les festivités du prochain Newroz.  Il est probable qu’on y trouvera aussi un écho de ce qui se passe au sein  de la minorité kurde de Syrie. Évolution  qui inquiète la Turquie et qui n’est peut-être  pas complètement étrangère  au  massacre de ces  petits contrebandiers. Moins que jamais il n’est possible de tenter de comprendre les soubresauts  de la question kurde en Turquie sans avoir un œil sur la vie politique intérieure turque et l’autre  sur les pays voisins (Syrie, Irak, Iran).

 

 

A Semdinli, la province kurde fête la victoire du BDP (et il y a de l’ambiance)

Dans la province d’Hakkari, on a bien sûr fêté la victoire des 3 candidats du BDP, qui se sont  d’ailleurs partagés  les suffrages avec une égalité étonnante :

Selahattin Demirtas a obtenu 26. 9 des suffrages ( Hakkari centre)

Adil Kürt : 26. 8 (Yüksekova)

Esat Canan : 26.1 (Semdinli, Cukurça et une partie de Yüksekova).

Difficile de mieux faire.

Avant de se mettre au boulot, les nouveaux élus ont commencé par aller  remercier leurs électeurs, comme l’exige la tradition. Ainsi le mardi 14  Esat Canan  allait à Derecik remercier les Gerdi. Il s’est aussi rendu  à Cukurça qu’il pouvait aussi remercier. Alors qu’aux élections municipales de 2009, l’AKP y obtenait plus de 43% des suffrages, ils  ont été plus 81.5 % à lui donner leur voix cette fois.  L’AKP est tombé à  10 % . C’est à Semdinli que le parti de Recep Tayyip Erdogan résiste le mieux, avec 28.9 % des suffrages. Mais il est en  baisse par rapport aux précédentes élections et  y obtient quand même 20 points de moins que la moyenne nationale.

Mercredi 15 juin  Esat Canan y remerciait les 65.5 % d’électeurs qui avaient voté pour lui. Il y avait de l’ambiance et des couleurs , comme on le voit sur la vidéo. Comme le fiancé dans les mariages, le nouvel élu serre des dizaines de mains, qui n’accrochent pas de billets sur sa veste – le bulletin c’était dans l’urne. Mais il y a quand même le plateau de bonbons. Et comme dans les mariages, on danse, on chante et les filles ont sorti les costumes de jours de fête (j’adore cette nouvelle mode de coiffures à pompons colorés, dont on se doute des couleurs préférées). Pour une ville réputée dindar (religieuse) elles n’ont vraiment pas l’air coincé. Mais de toute façon les femmes de la province d’Hakkari ne sont pas coincées, même si comme je l’ai déjà écrit, j’ai parfois du mal à en convaincre certains copains turcs de la côte égéenne.

Dans le discours du député, il est question de liberté, d’autonomie, de  désir de paix et de fin des opérations militaires.

Les gencler s’en donnent à cœur joie avec leurs drapeaux du PKK. Je ne sais pas si on clamait encore « Apo basbakan ! » (chef de gouvernement) comme à Yüksekova en 2007, à l’annonce de la victoire d’Hamit Geylani, mais « Serok Apo » (Président Apo) c’est certain et  écrit en 3 couleurs. Et tout le monde reprend  la marche du PKK, que même les gamins de 5 ans connaissent par cœur et qui devient  drôlement solennelle. ..

Il y en a même qui fêtent ça en tirant des coups de feu en l’air, ce  à quoi je n’ai jamais assisté lors de mariages dans la ville d’Hakkari, où  c’est rigoureusement interdit. Mais  ça doit se faire dans les villages éloignés . .. comme lors d’un certain pique-nique.

Les habitants de Semdinli ont l’air vraiment contents et il y a une sacrée énergie. A  Batman, je ne sais pas ce qu’a donné la visite de remerciement de  Mehmet Simsek, mais si les Urfa Haber n’ont pas ajouté de vidéo à l’article qu’ils y consacrent, c’est que ça ne devait pas être terrible. Et une visite de remerciements d’un élu CHP, ça ne doit pas être très joyeux non plus.

Et  ça ne faisait que continuer. Voilà comment on y avait déjà fête le 3-0  pour le BDP dans la province le soir du 12 juin.

Ça promet de l’ambiance dans les mariages cet été. Et comme Öcalan vient d’annoncer que le cessez le feu du PKK  était prolongé jusqu’au 1er septembre,  jusqu’à la fin du Ramadan donc, la situation ne devrait pas empirer (normalement). Elle pourrait  même être plus apaisée que les mois derniers.

Recep Tayyip Erdogan devrait abandonner la rhétorique  empruntée à l’extrême droite  dont il a usé et abusé  pendant la  campagne électorale. Elle ne lui a pas permis de séduire suffisamment l’électorat ultra nationaliste pour empêcher le MHP d’entrer à l’Assemblée. Et dans les villes kurdes où il a donné des meetings, ses discours qui tendaient à  faire des ennemis  de parents ou  de collègues de travail (et du reste du pays)  n’ont pas l’air d’avoir convaincu.  C’est quand il a été apaisant qu’il a toujours le plus séduit la région. Et peut-être que le reste suivra. Je n’ai pas comptabilisé les arrestations dans la région  ces derniers mois, mais ça doit commencer à  faire un sacré paquet.

Parmi les 36 élus du BDP, 6 sont d’ailleurs en prison. Et Ahmet Türk vient d’avertir, que les 30 autres n’entreront pas au Parlement tant qu’ils ne seront pas libérés.  Mehmet Ali Şahin, n’a pas apprécié et lui reproche de vouloir faire pression sur le judiciaire (certes, mais elles étaient  quand -même un peu politiques ces arrestations…Cela étant, si certains savent de quoi ils sont accusés exactement, ce serait sympa de nous éclairer).

Et pour avoir une idée de l’ambiance qui s’annonce à l’Assemblée, le jour de la prestation de serment  – s’ils y sont – voir le blog de Sami Kiliç. Lui aussi un sympathisant de Sirri Süreyya Önder. (il qualifie le BDP de parti stalino-marxiste..mouais.. je préfère éviter de mettre une étiquette à un parti qui a surtout été je ne sais combien de fois interdit et dissous )

Bref, la quiétude de l’été dans la province   dépend de tellement de facteurs qu’il vaut mieux rester prudent…comme d’habitude. Une seule chose est certaine : c’est que jusqu’à Ramadan on s’y mariera.

 

Ajout (21 juin): C’est le choc :  ça recommence avec le YSK (qui avait  déjà interdit à plusieurs candidats BDP de se présenter, avant de faire marche arrière face au tollé général). Le haut conseil électoral vient de décider qu’Hatip Dicle qui est actuellement en prison et fait partie des élus kurdes jugés dans le cadre des grands procès du KCK  ne serait pas député. Or, Hamit Geylani, le président du BDP avait averti que  la reconnaissance de son élection comme député de Diyarbakir était la ligne rouge au-delà laquelle son parti ne ferait pas de concession.

La ligne rouge est donc franchie…aie

(Hatip Dicle était un des 4 députés kurdes emprisonné en même temps que Leyla Zana en 1992. )

A Hakkari, quand le clan des Gerdi rallie le parti kurde (BDP)

Cette année je ne serai pas en Turquie pour la journée électorale du 12 juin . Ça va me manquer. En novembre 2002 j’étais à Pazariçi, un quartier très populaire d’Istanbul. La veille  l’amie qui m’hébergeait ne savait pas encore si elle allait voter CHP ou AKP. La seule chose de certaine était qu’elle ne voterait en aucun cas pour les partis de la coalition au pouvoir, qu’elle tenait pour responsables  de la grande crise de 2001.  Son mari votait CHP, ses sœurs, beaux-frères et une bonne partie du quartier AKP (le vainqueur des élections). Seule sa mère, que j’ai toujours connue faisant ses prières quotidiennes continuait à voter Ecevit, le populaire leader de gauche. Comme elle le faisait sans doute déjà du temps où son mari vivait.

En juillet 2007, j’étais à Hakkari,  comme je l’ai dit dans un précédent billet.

J’adore les ambiances des campagnes électorales en Turquie.  La rhétorique des leaders politiques peut être être si violente (cette année, ils font très fort)  que les médias donnent l’impression d’une grande agressivité. Mais sur le terrain l’ambiance est  toute autre avec les camionnettes des sympathisants diffusant slogans et musiques et les fanions colorés  des différents partis qui donnent au pays un air de grande kermesse.

Je n’ai jamais eu envie d’assister à un meeting de leader politique. Mais j’adorerais suivre pendant quelques jours la campagne d’un candidat député de province. Et bien sûr j’aurais adoré accompagner Esat Canan, candidat du bloc BDP (il n’est pas membre du parti) à Hakkari. La vidéo fait rêver. J’espère qu’elle fait plaisir aux lecteurs kurdophones.

Pas de chance, j’ai fait la connaissance de son village l’été 2007, mais le lendemain des élections.

…Quelques semaines plus tard en fait. Les jours qui ont suivi, je n’avais pas pu me rendre au village de Befircan. L’ambiance était trop tendue. Député CHP d’Hakkari jusqu’à ce qu’il démissionne du parti en 2006, après le scandale de Semdinli qu’il avait fortement contribué à faire révéler,  Esat Canan n’avait pas été réélu. Et certains lui en voulaient de s’être présenté en « vrai indépendant », le tenant en partie  responsable du semi échec électoral des « indépendants » du parti kurde en  2007 (56 % des voix quand même, mais un seul siège de député sur trois).

Cette fois, il est un des trois candidats du bloc BDP qui  s’est largement ouvert aux candidats non inscrits :  le chanteur Ferhat Tunç à Tunceli,  Sirri Süreyya Önder à  Istanbul,  Altan Tan proche des milieux musulmans à Diyarbakir,  Erol Dora, un Chrétien syriaque à Mydiat/Mardin …Il a de plus rallié deux petits partis barzanistes, dont l’influence est sans doute plus forte que le nombre de sympathisants : le Hak-Par et le Kadek, dont Şerafettin Elci le président se présente à Diyarbakir où la zone de Sur lui a été attribuée. Il y a un mois, j’ y étais chez des amis qui s’apprêtaient à voter pour lui.

Présenter des indépendants complique les choses. Au sein de la circonscription électorale une zone bien définie est attribuée à chacun et chaque électeur sympathisant sait quelle case il doit cocher sur la liste des « bagimsiz » (indépendants). Celles et ceux qui ne savent pas lire l’ont mémorisée, avec l’aide d’associations proches du parti et de leurs proches.

 

 

A Esat Canan a été attribuée la zone de Semdinli et Cukurça. J’avais été surprise en l’apprenant car son village de  Befircan, cœur du clan Doski , est à Yüksekova. Mais je présume qu’il a été intégré à sa zone.

C’est surtout la zone la plus difficile à conquérir. En effet ce sont dans ces deux districts que le vote AKP a le mieux résisté lors des dernières municipales. Mais comme le « parti » rêve d’arracher les 3 sièges de député – un objectif   difficile à atteindre –  ce n’est sans doute pas par hasard qu’elle lui a été attribuée. (enfin, je l’espère pour eux).

En tout cas à Derecik/ Rubaruk, c’est gagné. Dans ce bourg de Semdinli,  le clan des Gerdi – ou du moins une partie vient de  rallier Esat Canan. Les commentaires qui accompagnent la galerie photos des Yüksekova Haber sont épatés « je n’en crois pas mes yeux ! »  » Maintenant le BDP est sûr d’obtenir 3 sièges ! « 

Il faut dire que cette Kasaba de 3000 électeurs est une des rares de la province a avoir encore élu un maire AKP aux dernières élections. Et surtout le BDP n’y avait obtenu que …5 % des voix ! Contre 80 % pour la province. En avril la permanence BDP (située face de l’association de korucu, gardiens de village selon l’article,)  y était incendiée.

Alors quand les lecteurs de Yüksekova ont vu des images comme celle-là,  dans des villages de gardiens de village, ils ont été un peu surpris.

On comprend que Recep Tayyip Erdogan était d’humeur massacrante lorsqu’il a tenu meeting à Hakkari. En tout cas  le discours du premier ministre  n’est sûrement pas la cause de ce retournement de villages de Derecik/Rubaruk.  C’est plutôt  l’aboutissement de patientes tractations pour lesquelles tout un réseau de relations a du être mobilisé. Réseau que j’imagine volontiers transfrontalier.

A Hakkari l’électorat du parti  pro kurde n’est pas passé par enchantement de 45% des voix aux municipales de 2004 à 80% à celles de 2009.

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drapeau kurdistan (Irak)

Ce drapeau kurde là est moins étonnant…

Il s’agit probablement des büyükler, les « Grands » du village., qui entourent Esat Canan.  Lors de mon premier séjour à  Befircan , on m’a un soir prévenue que les Büyüler m’attendaient pour un thé. C’était de façon un peu cérémonieuse, sous des peupliers, devant un  parterre de fleurs :  le lieu réservé aux invités de marque.

L’assemblée de village. Dans d’autres villages les femmes y sont aussi conviées. Outre celui de Semdinli, Fadil Bedirhanoglu, le maire BDP d’Hakkari et aussi docteur en théologie faisait partie des visiteurs dans ce district très religieux (« dindar » dit-on dans « la ville de gauche » d’Hakkari)

L’homme près de l’arbre  est un géant.

Les discussions avec l’assemblée de village ont duré jusqu’à la nuit. Ce n’était pas une simple visite de courtoisie.

Ce ralliement des villages gerdi de Derecik n’est pas un cas isolé.  A Bulanik dans la province de Mus c’est toute une municipalité AKP qui vient de faire allégeance au parti kurde. J’ignore s’il existe des cas inverses.

Le tempo de la publication d’ Anatomie d’une guerre, de  Karayilan,  dont on parle beaucoup dans les médias turcs n’est peut-être pas étranger à celui de la campagne électorale.  Il y est aussi question d’Hakkari dans un récit qui se veut un parler vrai  de ce qu’a été cette sale guerre, le prolongement du « PKK a aussi commis des erreurs » du commandant du PKK (que j’ai souvent entendu depuis de sympathisants de l’organisation ). La reconnaissance par le mouvement de ses propres exactions sera peut-être le prélude à d’autres réconciliations et – qui sait – à l’ouverture d’un processus de paix. (je préfère éviter  de trop me fier à la virulence des propos tenus pour augurer de l’avenir en Turquie)

Il est probable qu’Esat Canan, ancien député CHP a  contribué à organiser l’accueil cordial dont Kemal Kiliçdaroglu a bénéficié à Hakkari qui contrastait avec l’ambiance glaciale  réservée à Tayyip Erdogan la veille.

Mais dans la région c’est avec le bloc BDP qu’on  trouve la foule colorée des grands meetings.  Il rassemblait 100 000 personnes  le 4 juin à Diyarbakir.

Le 6, c’est le MHP le parti  d’extrême droite qui y tiendra meeting, pour la première fois depuis des années. Tout sera sans doute fait pour éviter que ça dégénère, mais  après la rhétorique agressive du  chef de gouvernement AKP,  les gençler (jeunes apocu) si difficilement contrôlables; s’en fichent peut-être un peu de l’extrême droite.

Et merci les Yüksekova Haber. et ses confrères d’Hakkari. J’ai beau faire régulièrement  des recherches dans les autres médias de province, je n’ai pas trouvé d’autres journaux de province en ligne offrant une telle documentation en images (fixes et vidéos).  Même si la vidéo de cette journée de campagne n’est  pas de super qualité, ça reste un super témoignage.

…d’autres images de la campagne électorale dans la province d’Hakkari.

 

 

 

 

 

 

Roméo et Juliette turco kurde sur la frontière irakienne.

 

 mariage Tülin et Rojhat, Semdinli juillet 2009

Quand les parents d’une jeune fille n’acceptent pas l’élu de son coeur, ça ne se termine pas forcément pas un mariage forcé et encore moins par un crime d’honneur, en Turquie..

L’année dernière, un mariage kaçak (à la suite d’une fuite de la fiancée) avait défrayé la chronique bien au-delà de la petite ville de Semdinli, dans la province  kurde d’Hakkari où il s’est déroulé.  Et pour cause, c’est la fille d’un uzman, soldat de métier turc, qui s’était enfuie avec son petit ami kurde, abandonnant le domicile familial et le lycée où elle achevait sa scolarité parce que son père interdisait leur relation amoureuse.  Pour échapper au courroux du père de la jeune fille, Tülin (18 ans) et Rojhat  (19 ans) avaient franchi clandestinement la frontière irakienne toute proche. Ils s’étaient rendus chez des parents du garçon, réfugiés dans le camp de Makhmour au kurdistan irakien. Ils y ont séjourné plusieurs mois.

Evidemment, la fille d’un sous officier turc trouvant refuge auprès de réfugiés kurdes proches du PKK, soit pour ainsi dire chez ceux que son père est payé pour combattre, ce n’est pas tous les jours que ça arrive.  Et après le premier choc de sa fugue, quel  nouveau choc pour son père, resté plusieurs semaines sans nouvelles de sa fille, quand il a appris qu’ elle était cachée…. chez l’ennemi !

Pourtant l’histoire s’est bien terminée. Le père a fini par accepter de recevoir la famille du garçon et a préféré donner sa fille en mariage, plutôt que de la perdre définitivement. Tülin et Rojhat ont pu alors rentrer à Semdinli où tout le monde s’est réconcilié.

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mariage Tülin et Rojhat, Semdinli juillet 2009

Il faut dire que le père de la jeune femme a  plutôt l’air sympathique. Ozan,  un ancien appelé originaire d’Izmir qui avait effectué son service dans les commandos à Semdinli, confirme l’impression donnée par la photo. Dans un commentaire à un article publié sur Internet et grâce auquel il avait découvert l’aventure arrivée à la famille de son sergent, il y décrit  celui-ci  comme  un bon vivant  « faisant des plaisanteries qui faisaient rire tout le monde ». Lui aussi se réjouit du dénouement de ce kizkaçirma (enlèvement de la fiancée) et souhaite  tous ses voeux de bonheur aux jeunes mariés.

 

 

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En Turquie, il n’y a que dans la province d’Hakkari que j’ai vu les fiancées arriver dans la famille du fiancé le visage caché sous un long voile –  dont les couleurs ne sont pas sans rappeler celles du drapeau kurde (rouge vert jaune) 

Tülin n’a pas dérogé à la tradition de la région. Avant d’arriver dans la famille de son fiancé, elle a caché son visage sous le voile des mariées d’Hakkari .Voile qu’elle a certainement vite retiré, comme la très jolie épouse du maire de Semdinli. 

 

L’amour n’a pas de frontières, écrivait alors l’intellectuel kurde Orhan Miroglu dans le journal Taraf. Et comme (presque) tout le monde adore ce genre d’histoires en Turquie, même des gazettes militaires en ont parlé. Alors que les politiques ont décidemment bien du mal à régler la question kurde , les sentiments qu’ils soient amoureux ou paternels, sont quand même plus doués.

Si un scénariste avait imaginé ce Roméo et Juliette turco kurde avec happy end, sans doute que  peu  de gens l’auraient trouvé crédible. Pourtant l’histoire réelle est plus palpitante qu’une fiction  ultra nationaliste comme  Kurtlar Valisi-Irak (la Vallée des loups – Irak), qui mettait aussi en scène des soldats turcs et des Kurdes. Il faut dire que ce n’est pas trop difficile de faire mieux que ce navet à gros budget.

Sur la carte ci-dessous, on voit que Semdinli, à l’extrême sud-est , est très proche de la frontière irakienne. Mais pour la franchir discrètement dans cette région très militarisée, les deux fugitifs avaient du effectuer de longues heures de marche dans la montagne,  sans doute guidés par des contrebandiers et en courant à tout  moment le risque de tomber sur une patrouille. Autant dire que leur fugue amoureuse a été une sacrée aventure.

 

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Dans la province d’Hakkari comme partout en Turquie, les amoureux adoptent de plus en plus la Saint Valentin (et sa marchandisation) comme fête des amoureux (Sevgililer günü), pour la plus grande joie des fleuristes. Offrir des fleurs à sa bien aimée  n’est pas une tradition dans la région. Mon ami Süleyman était le premier à ouvrir une boutique de fleurs à Yüksekova, il y a une dizaine d’années. Beaucoup lui prédisaient une faillite assurée. Depuis non seulement il a trouvé une solide clientèle, mais il a fait de nombreux émules.

L’année dernière, dans la province  le mouvement kurde a tenté de kurdifier cette fête importée en renouant avec une vieille tradition kurde oubliée, la fête des « pommes oeillets« . Une jolie tradition, mais je pense que beaucoup d’ amoureux préférerent offrir une rose rouge de chez Suleyman à l’élue de leur coeur (enfin ceux qui osent, il y a beaucoup encore que ça gêne d’acheter des fleurs.)..peut-être avec une « pomme oeillet ». A moins qu’ils ne choisissent d’offrir cette dernière à la mère de la belle dont il est important d’obtenir les bonnes grâces, si on espère que la liaison se conclue par un mariage. Ou de l’offrir à leur propre mère, une actrice au poids plus déterminant encore. Les journaux sont restés muets sur le rôle de la maman de Tülin, mais il est probable que son opinion a aussi compté dans la réconciliation.

 Mais de toute façon ce 14 février 2011, les boutiques de fleurs sont  fermées à Yüksekova, comme dans d’autres villes de la province, pour cause d’émeutes. Les amoureux peuvent toujours envoyer de doux messages avec leur téléphone portable. A ceux qui manquent d’inspiration, journaux et sites internet proposent des messages prêts à consommer.