Nouveau tremblement de terre à Van, deux hôtels s’effondrent : 12 morts au moins

Hier soir la province de Van a été  victime d’un nouveau séisme dont l’épicentre se situerait à Edremit, à quelques kilomètres de la ville.  Cette fois il ne s’agit pas d’une réplique de celui du 23 octobre, comme celle de magnitude 5.9 qui n’avait pas réussi à me réveiller, la nuit que j’avais passée dans un hôtel de Van aux murs complètement fissurés, quelques jours plus tard.

25 immeubles se sont effondrés sous la secousse de magnitude 5,6. Van étant devenue une sorte de ville fantôme, désertée par beaucoup de ses habitants, la plupart étaient vides heureusement. Il faut dire aussi que ce sont les congés de Kurban Bayrami (fêtes du Sacrifice) en Turquie et qu’après le séisme, les établissements de scolaires de la province ont été déclarés fermés jusqu’à la fin de ces fêtes.  Pas certain que si ce nouveau séisme avait eu lieu après la rentrée des classes, ces immeubles auraient été complètement vides.

Même si je doute sérieusement que la rentrée des classes aurait suffit à faire revenir ceux qui ont fuit la ville où la terre n’a cessé de frémir depuis. Et maintenant qu’elle a été frappée par un nouveau séisme, il doit en être hors de question pour la majorité des réfugiés.La réouverture des écoles a d’ailleurs été reportée  au 5 décembre.

Mais ce n’est pas congé pour tout le monde. Ainsi ça ne l’est ni pour les équipes de secouristes, souvent bénévoles, qui viennent en aide aux sinistrés, ni pour les journalistes qui enquêtent sur leur sort, ni pour  les équipes des entreprises de bâtiment chargées du déblaiement des décombres. Si bien que  deux des bâtiments effondrés  ne l’étaient pas. Il s’agit de 2 hôtels de la ville, l’hôtel Bayram(6 étages) un cinq étoiles  de la ville (bien connu des touristes en groupe)  où étaient hébergés des journalistes et des équipes de secouristes, et l’hôtel Aslan (5 étages), de standing bien plus modeste.

Un bilan provisoire, qui s’alourdit d’heure en heure,  annonce pour le moment 12 morts et plus de 28 blessés. Un secouriste japonais serait parmi les victimes. Ce n’est pas le premier secouriste étranger à avoir perdu la vie dans la province depuis le séisme.  Sebahattin Yilmaz, et Cem Emir, deux journalistes de l’agence DHA,  venus enquêter sur la situation à Van, seraient encore sous les décombres de l’hôtel Bayram. Par contre Cemal Ay, un ouvrier du bâtiment a été extrait sain et sauf  de ceux de l’hôtel Aslan, sous les applaudissements des sauveteurs et des badauds, plus de 17 heures après le nouveau séisme. 7 de ses compagnons, tous originaires de Tatvan, ont laissé la vie sous les décombres de l’hôtel.

Une secouriste japonaise a aussi été extraite saine et sauve des décombres.

Le propriétaire de l’hôtel Bayram vient d’annoncer que sur les 22 clients de son hôtel, 15 étaient présents lors du séisme. Selon lui, plusieurs architectes lui auraient affirmé que son hôtel était « sain »(saglik), et si des journalistes l’occupaient c’est sans doute l’information qui leur avait aussi été donnée.

Évidemment, ce n’était pas du tout l’impression que j’avais eu dans celui où nous avions trouvé refuge avec Firat, monté dans le même camion que moi à Diyarbakir pour aller retrouver Faik son meilleur ami qui creusait les décombres depuis 5 jours à Erçis, avec sa pelleteuse.

Quant aux habitants de la ville, rares doivent être ceux qui sont retournés dormir dans leurs logements, que leurs murs soient ou non fissurés – surtout s’il s’agit d’immeubles collectifs. Deux personnes âgées, avec lesquelles je partageais la dernière banquette d’un bus archi bondé à mon retour, me confiaient que depuis le séisme, elles dormaient dans leur voiture. N’en pouvant plus, elles partaient à Gaziantep, où elles comptaient se réfugier dans un hôtel.

Je leur avais rapporté ce que nous avait dit Faik, qui était en permanence en relation avec la cellule de crise ( qu’il appellait après chaque secousse que nous subissions ) : selon les informations qu’il avait,  la situation continuait à être à risques pendant au moins un mois.

Osman Baydemir, le maire de Diyarbakir  et d’autres maires BDP de la région ont demandé des comptes aux autorités, qui n’avaient d’ailleurs pas jugé utile d’inviter les élus BDP à la cellule de crise mise en place le 23 octobre (Or la municipalité de Van est BDP !) Ils demandent  pourquoi ces hôtels sont restés ouverts et comment les enquêtes de salubrité sont menées. Un groupes de protestataires a  été réprimés à coup de gazs lacrymogènes par la police. On voit que malgré les drames, les bonnes habitudes ne se perdent pas dans le coin.

J’avoue que je m’interroge aussi…

Certaines des équipes de secouristes qui rentraient quand j’arrivais sur les lieux sont immédiatement reparties pour Van. Et Kizilay, le croissant rouge vient d’y envoyer 15 000 tentes.

 

A une époque je connaissais bien l’hôtel Bayram. La première fois que je m’étais rendue à Van c’est l’hôtel où j’étais descendue. C’était avant qu’il ne soit rénové et ce n’était pas un cinq étoiles alors. J’avais été invitée à dîner par le patron après que je me sois plainte qu’un des clients se soit permis de me téléphoner au milieu de la nuit…pensant sans doute que j’étais ce qu’en Turquie on nomme une Natacha. Ensuite ça ne s’était plus reproduit et j’y suis descendue plusieurs fois.

L’hôtel Aslan, d’où un ouvrier maçon a été ressorti vivant, j’y ai passé quelques nuits aussi……..

Ajout du 11 novembre :  au dernier bilan, le séisme du 9 novembre à Van a fait 19 morts. L’exode reprend de plus belle. Les habitants qui restaient,  fuient une ville où moins que jamais ils se sentent en sécurité.

Ajout du 14 novembre. Il neige dorénavant sur les villes. Un enfant de 7 ans est mort de froid sous une tente en nylon.

 

Voici ce qui restait de l’hôtel Bayram, après le séisme. 25 personnes, dont les deux journalistes de l’agence Dogan sont mortes sous ces décombres.

Müge Anli : lecteur indigné…et commentaire supprimé autoritairement sur MON blog.

Bayram, un des lecteurs turcs de ce blog, n’avait pas apprécié lui non plus les commentaires racistes de l’animatrice Müge Anli, dont je parlais dans mon précédent billet. Comme il en a coutume, il avait souhaité partager son humeur par un commentaire.

Voici le commentaire en question.

« Je ne sais pas pourquoi mais on a envie de lui donner des baffes à celle-la.

J’ai vu l’extrait de cette émission. Malheureusement, les gens l’applaudissaient ».

Et voici  l’extrait de l’émission dont il est question. Même pas besoin de comprendre le turc pour comprendre qu’il s’agit d’une pétasse. Et si on le comprend, on comprend aussi que les propos tenus sont ignobles.

Mais ô surprise,  ce commentaire a été supprimé !  Je présume par les modérateurs du journal du Monde.  Supprimé d’office ! Et sans avoir la courtoisie de m’en avertir et de m’expliquer pour quelle raison. Sans d’ailleurs que je ne sache  QUI tient les ciseaux.

Que signifie ces manières  autoritaires ? Si j’ai laissé la fonction commentaire ouvertes, c’est bien pour favoriser l’échange avec mes lecteurs. Et ils sont modérés à priori, c’est à dire que nul commentaire ne peut être publié sans que je ne l’ai approuvé. Il n’est pas question  effectivement de laisser quelques (rares) lecteurs mal embouchés m’insulter, ou d’autres de profiter de mon blog pour exprimer leur racisme crasse

Mais j’estime avoir le droit – et les capacités –  d’en juger. Seulement si ce n’est pas  fréquent, heureusement ce n’est pas la première fois que ça arrive.

J’ai rédigé au moins une vingtaine de billets sur la liberté d’expression en Turquie. C’est donc un truc auquel je suis assez sensible. Et je n’apprécie pas du tout que la mienne – en l’occurrence mes relations avec mes lecteurs –  soit ainsi bafouée.

D’autant que cette suppression est grotesque.  On se demande ce qui a bien pu effaroucher le « cisailleur ». Est-ce le « on a envie de lui donner des baffes ?  » à cette pimbêche ?   Les  propos qu’elle a tenue sur ATV sont tellement ignobles que les familles des sinistrés, ce n’est pas de rencontrer des gens qui auraient seulement « envie de lui flanquer des baffes »  qu’ils lui prédisaient, si elle pointait son nez à Van.

 

 

 

Sous les tentes, les femmes sinistrées d’Erçis rêvent de crèmes de beauté. (appel à l’Oréal ou à d’autres)

Distribution d'aide alimentaire Danone

 

Quand nous sommes passés dans ce village du district sinistré d’Erçis, des militaires turcs  étaient en train de distribuer des cartons de produits Danone. Il m’a semblé qu’il s’agissait de jus de fruits, mais c’était peut-être des produits laitiers.

Les maisons de ces villageois(es) étaient pour la plupart débout, pour ce que j’en ai vu en tout cas. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas sinistrés. Devant toutes les maisons des tentes sont dressées. En effet les secousses continuent et les gens ont peur, d’autant que beaucoup de maisons sont endommagées. Toutes celles dans lesquelles j’ai pénétrées, comme celles où j’ai dormi, avaient des murs et des planchers lézardés, à commencer par l’hôtel où j’ai dormi à Van. J’ai eu un peu de mal à m’y endormir d’ailleurs , surtout après les coups de fil d’amis me rappelant charitablement ce  que je préférais « oublier », à savoir qu’un 2nd étage en cas de tremblement de terre, ça craint. Mais le dernier étage était complet et il n’y avait pas de chambre au rez de chaussée.

Mais dormir dehors dans une ville glaciale désertée par ses habitants, mes amis comme les autres, ça craignait encore plus. J’étais partie avec la tenue que je portais à Diyarbakir, où il faisait 20 degrés et comme les camions partaient 15 mn après que j’ai demandé si je pouvais partir avec eux, je n’avais pas eu le temps d’aller chercher des vêtements plus chauds.Et puis l’hôtel avait quand même résisté à un séisme, alors que j’étais certaine de ne pas pouvoir résister au froid de la nuit.

Au bout d’une heure, j’ai fini par éteindre la veilleuse : en cas de tremblement de  terre, elle ne changerait pas grand chose, et je me suis endormie, tellement crevée que j’ai du être la seule cliente à ne pas avoir été réveillée par une secousse de magnitude 5.9. vers 6 heures du matin.

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Évidemment, je suis aussi partie sans  ma trousse de toilette. Et je l’ai bien regretté quand sous une tente d’Ercis où des jeunes filles sinistrées m’avaient invitées à  partager un thé, les femmes m’ont demandé si je pouvais leur offrir une crème de jour.

Cela peut paraître étonnant que des femmes qui ont tout perdu – il ne leur reste même plus une photo –   demandent une crème de beauté.  Mais je n’ai eu aucun mal à comprendre ce désir. L’hôtel aux murs lézardés de Van, avait surtout été  l’occasion de prendre une bonne douche chaude (dommage qu’il me fallait remettre les mêmes vêtements; que j’ai conservés pendant cinq jours). Un luxe que ces femmes  n’avaient pas . Et à moi aussi  elle m’a manqué ma crème de jour.

L’aide d’urgence arrive de tout le pays (nourriture, couverture, vêtements, couches pour bébés, tapis etc..). Des tentes sont dressées qui distribuent des repas  chauds. Mais pas de tentes de  coiffeurs ni instituts de beauté.

Si Danone s’est mobilisé, l’Oréal, une marque très présente aussi  en Turquie,  pourrait peut-être en faire autant et envoyer quelques camions de produits de beauté  aux femmes sinistrées d’Erçis : leurs shampoings, leurs crèmes, leurs eaux de toilettes aussi sont restées sous les décombres, pas leur féminité.

 

 

Séisme : Sur le chemin du retour de Van

Jeudi j’ai sauté dans un camion qui partait pour Van rempli de couvertures et autres fournitures destinées aux réfugiés de Van et surtout d’Ercis. Nous sommes sur le chemin du retour avec deux amis sauveteurs venus eux aussi de Diyarbakir.

J’ai hate de changer de vetements.

A Ercis nous avons découvert des images de désolation: Impossible de reconnaitre la ville ou j’étais passée l’été dernier.

Mais nous repartons.

C’est en regardant les infos a la TV dans un hotel de Van pas mal lézardé que j’ai appris la nouvelle vague d’arrestations d’intellectuels proches ou membres du mouvement kurde. Cette fois c’est la commissipm chargée de la réforme const,tutionnelle qui est ciblée.

Van sinistrée devenue symbôle d’unité en Turquie (Van için tek yürek )..

« Un souffle de fraternité anime les sauveteurs », vient de déclarer Demirtas, le président du BDP, le parti pro kurde, en évoquant la vague de solidarité qui a submergé le pays pour les sinistrés de Van. Alors que ces dernières semaines, la fameuse « fraternité » (kardeslik) turco kurde prônée par l’AKP de Recep Tayyip Erdogan semblait de plus en plus résonner comme un slogan creux et que  le pays paraissait  à deux doigts de se fissurer gravement, ce sont les fissures  de l’écorce terrestre qui révèlent ce qui fait son unité.

Il y a bien des imbéciles indécrottables pour  voir une vengeance divine pour les soldats tués,  dans la catastrophe qui vient de frapper une province  majoritairement kurde et dirigée par le BDP. Cette pétasse de Müge Anlı par exemple. animatrice d!emissions debiles genre Perdus de vue…et qui se scandalise que « ces gens qui tuent des soldats et dont les enfants jettent des pierres sur la police demandent aujourd’hui de l’aide »

http://www.dailymotion.com/video/xlwb82_muge-anly-dan-van-depremi-ile-ilgili-yok-sozler_shortfilms

 

Mais ces racistes profonds ne font pas le poids face aux solidarités avec les populations sinistrées  qui se manifestent dans tout le pays.

« Van ayakta, Turkiye ayakta » (Van debout la Turquie debout), » Türkiye Van için tek yürek » (la Turquie d’un seul  cœur pour Van) etc…Le séisme  du 23 octobre, a engendré  un retournement des slogans criés lors des manifestations dans l’Ouest du pays, qui avaient suivi  les attaques du PKK à Hakkari, la semaine dernière.  Attaques révélatrices une  guerre d’intensité  de moins en moins basse entre le PKK et les forces de l’ordre. Aujourd’hui dans les médias, ces solidarités éclipsent largement la nouvelle du franchissement de la frontière irakienne  par des bataillons noirs, ces nouvelles troupes d’élites turques.  »  72 millions contre la violence  7.2 à Van », proclame  un autre slogan.

« Silahlar (les armes)  Van minute » titre aujourd’hui un article de Radikal (Van – Wan – se prononce « one » en kurde), –  pastichant la célèbre sortie de Tayyip Erdogan à  Davos. Et les médias relèvent  aussi que ces dernières 48 heures, il n’y a eu aucune attaque du PKK contre les forces de l’ordre. Pas de nouvelles arrestations non plus dans les milieux proches du BDP. Encore trop tôt pour parler d’une véritable trêve, mais déjà suffisant pour être relevé comme un signe.  Face au malheur qui frappe la région de Van, l’heure n’est peut etre pas à la violence.

Toutes les solidarités qui s’expriment montrent une fois de plus que  ce n’est pas plus une religion commune (l’islam sunnite) introuvable,  qu’une langue commune (le turc – au prix de la disparition des langues minoritaires),  qui fonde  le sentiment d’appartenir à une même  communauté. Ça se situe ailleurs.

Et ce qui est valable pour la Turquie, l’est tout autant pour la France. Rien de plus crétin que  la fameuse campagne destinée à fonder un sentiment d’unité nationale sensé avoir disparu que les Français ont du subir il y a quelque temps,  et qui sous couvert de laïcité semblait surtout vouloir prouver qu’on ne pouvait se sentir Français que si on n’était pas musulman… De la devise française Liberté, Égalité, Fraternité, les géniaux concepteurs de cette campagne n’avaient retenu  que le mot « égalité », réduit à une sinistre « uniformité »sensée sans doute  transcender le sentiment de plus en plus ressenti de  l’accroissement des inégalités. Pas étonnant qu’elle ait été un flop et ait suscité au contraire un profond ras le bol dans une large fraction de la population.

Quand j’étais revenue en France  après plusieurs années passées dans la région Pacifique, j’avais été frappée par une impression de  morosité et de sécheresse ambiantes. Le sentiment  de vivre dans un pays déprimé  n’a fait qu’empirer depuis le début des années 2000.  Et j’ai l’impression que la montée de l’individualisme,   le délitement des solidarités et les poussées d’autoritarisme pourraient être une des causes principales de cet état.

On  a quand même souvent eu le sentiment  ces dernières années, que le pays ne devrait s’en sortir  qu’en se montrant  plutôt méchant et  arrogant, et en montant les Français les uns contre les autres : Ceux qui se lèvent tôt, contre ceux qui se couchent tard, fonctionnaires contre employés du secteur privé,  banlieues populaires contre banlieues chics et centres ville yuppies , transnationaux contre Auvergnats de pères en fils,   super actifs et laborieux brandissant  le poids de leur  labeur comme un étendard contre rêveurs, fumeurs contre mâcheurs de chewing-gum, vieux contre jeunes,   etc…etc…

Et les traders de Neuilly ont beau partager la même valeur fric avec certains loulous encapuchonnés de banlieues nettement moins chics, on ne peut pas dire qu’ils se sentent solidaires les uns des autres.

En Turquie, où les solidarités restent plus fortes, mais les tensions sont aussi plus vives, notamment ces derniers temps,  un tremblement de terre de magnitude 7.2 semble réussir ce dont la classe politique se montrait incapable.

Mais pourquoi son gouvernement AKP   a-t-il   cru bon de refuser l’aide internationale qui s’était spontanément proposée en arguant que la Turquie pouvait s’en sortir seule ?  Depuis quand  accepter la solidarité internationale serait  faire preuve de faiblesse ?  Et la refuser une preuve de puissance ? Et surtout était-ce bien le moment de vouloir prouver au reste du monde qu’on serait devenu assez grand pour pouvoir se passer des autres ?

Le dernier bilan fait état de 366 tués au moins, de 1301 blessés et de 2262 bâtiments effondrés, par le séisme du 23 octobre à Van-Erçis

Ajout du 26 octobre :  La Turquie vient d’accepter l’aide internationale offerte. Il y a un besoin urgent de materiel notamment de tentes a Van. Ceux qui se sont rendus sur place parlent de chaos et désorganısation dans la distribution de l’aide aux sinistrés.  Le dernier bilan provisoire annonce plus de 460 tués.

…et 4 soldats ont ete tués par une mine vers Baskale tandis que les operations nilitaires s’intensifient. Pas de  treve des armes dans la province donc. Et apparemment sur le terrain les tensions entre AKP et BDP ont compliqué les choses.

 

 

 

 

Van une nouvelle fois meurtrie par un tremblement de terre (magnitude 7.2)

C’est cette nuit à l’aéroport d’Istanbul où j’attendais le premier vol du matin pour Diyarbakir que j’ai appris la catastrophe. Dans le café où je m’étais posée en attendant l’ouverture des comptoirs, la TV était branchée sur CNN Turk qui  en diffusait des images en boucle. Trop tôt encore pour téléphoner et prendre des nouvelles des amis qui y vivent.

http://www.youtube.com/watch?v=EouhDVgQ83c&feature=player_embedded#!

 Et impossible de situer les images de ces immeubles qui se sont affaissés comme des châteaux de sable. Ni le quartier où ils se dressaient, ni même la ville : Van ou Erçis, une ville de 100 000 habitants située au nord du lac, qui serait encore plus durement frappée que Van. Les dernières estimations estiment qu’il y aurait eu au moins 196 tués.

Depuis  j’ai pu prendre des nouvelles de quelques amis. Une amie qui vient d’avoir un bébé, il y a dix jours à peine, va bien. Mais elle et son bout de chou de fils aîné (3 ans) ont été terrifiés. La principale secousse,  ressentie jusqu’à Diyarbakir ou Batman,  aurait duré 28 secondes. Une éternité.  Elle a fui Van avec ses deux enfants pour se réfugier chez sa mère à Hakkari où je l’ai réveillée, avec mon appel. Il était 10heures largement passées, mais elle était épuisée. Son mari lui est resté à Van.

4 des footballeuses d’Hakkari étudient à Van. Une à l’université et les trois autres dont la petite Hatice, qui grandit, au lycée, en section sport-études. Elles aussi étaient  en route pour rejoindre leur famille quand j’ai appelé leur entraîneuse.

Alors que la province a été le théatre de combats extrêmement violents, ayant fait des dizaines de tués,  entre le PKK et l’armée la semaine dernière, elle  devient le refuge pour beaucoup de ceux qui l’avaient quittée pour s’installer dans la province voisine de Van. Le paradoxe n’est qu’apparent. En effet, ces combats ont épargné les villes et les populations civiles, ce qui n’a malheureusement pas  été le cas partout ces dernières semaines lors d’autres attaques.

Quelques heures plus tôt, dans l’avion qui nous conduisait à Istanbul, je conseillais à mon voisin de siège et compagnon de voyage – kurde originaire de Mus- de ne pas manquer d’aller  un jour découvrir le lac de Van qu’il n’a jamais vu. Pour moi, les plus beaux paysages de Turquie, qui pourtant n’en manque pas. Nous étions loin de nous douter alors que la région venait d’être secouée par le tremblement de terre le plus violent depuis celui d’Izmit en 1999 (au moins 20 000 morts) et que c’était ces images de désolation que je découvrirais à 3 h du matin, que la région envoyait au même moment au reste du pays et du monde.

Alors que des villages durement frappés n’auraient pas encore été atteints par les premieres équipes de secours, les évaluations du nombre de victimes ne cessent d’être revus à la hausse. Ce matin, les TV annoncent au moins 268 morts, plus de 1300  blessés et des centaines de disparus. Un bilan qui reste provisoire. Rien d’étonnant. La région a beau être une région d’intense activité simisque (en 1976 un séisme y avait fait plus de 5000 morts), les bâtiments construits selon les normes anti sismiques doivent y être rarissimes. Beaucoup ne répondent déjà  pas aux simples normes de sécurité, même lorqu’il s’agit de bâtiments publics.  Il y a quelques années, lors d’un tremblement de terre de magnitude bien moins forte,  un internat s’était effondré dans la région de Bingol. L’enquête avait bientôt révélé de graves malversations. Certains avaient choisi de s’en mettre plein les poches au détriments de la sécurité des petits ruraux hébergés dans le bâtiment. Il y avait eu des dizaines victimes parmi les enfants.

On parle à nouveau d’internats qui se seraient effondrés sur les étudiants à Ercis.

 

En ce qui concerne le bâti privé, ce doit être encore pire. Outre qu’il serait étonnant que les promoteurs soient plus honnêtes – et davantage contrôlés –  lorqu’il s’agit de logements privés, le bâti de ces villes qui ont grossi du flux de l’exode rural et de réfugiés  intérieurs ces dernières décennies,  est resté en grande partie « semi rural ». Le propriétaire construit souvent lui même sa maison auquel  il ajoute des étages au fil des années, qui deviendront le logement de ses fils, ses frères et  d’éventuels locataires.

Naturellement, toute la Turquie  se mobilise pour soutenir la région sinistrée. Des équipes de secours arrivent de toutes les villes. Des appels aux dons sont lancés. Les sinistrés ont passé une première nuit en tentant de se protéger du froid avec des feux de fortune, et on annonce des nuits glaciales dans les jours  à venir (avec des températures  négatives et l’arrivée précoce des premières neiges). Il y a un besoin urgent de tentes et de couvertures chaudes. Le Croissant rouge  a expédié plusieurs milliers de tentes dans la zone sinistrée, mais pour le moment elles sont en nombre insuffisant.

L’hôpital universitaire de Van ayant été endommagé par le séisme, m’a appris un ami qui y travaille, malades et blessés sont transportés dans les hôpitaux de Diyarbakir et Malatya, à plusieurs heures de route; par des ambulances elles aussi venues de ces villes,

Recep Tayyip Erdogan,  s’est immédiatement rendu sur place d’où il a  survolé la région sinistrée, avec plusieurs de ses ministres. Bien sûr, Selahattin Demirtas, le président du BDP, le parti kurde y était aussi.  Aujourd’hui c’est Kemal Kiliçdaroglu le chef de l’opposition CHP qui doit s’y rendre. C’est une région qu’il connait bien et qu’il affectionne lui aussi : il y a passé une partie de son enfance.

Le désastre a cependant fait quelques heureux. Un mur d’une prison s’étant effondré, 150 prisonniers en ont profité pour se faire la belle.  Ouf, comme il s’agit d’une prison de type M, aucun « terroriste » parmi eux, rassure Milliyet…(quelques assassins  et quelques trafiquants d’héroine peut-être, par contre, ce que l’article n’ajoute pas. En tout cas ce ne sont pas des mineurs émeutiers qui se sont échappés). Enfin heureux…  Que le l’on soit prisonnier de droit commun, politique, ou  libre de ses mouvements, on doit être fou d’inquiétude pour les proches dont on est séparé dans des moments pareils.

Et ce qui est certain aussi, c’est que ceux qui sortent des sinistrés des décombres, sauveteurs, voisins ou appelés,  s’en fichent complètement du curriculum  vitae de ceux qu’ils viennent ou tentent  de sauver.