Nouveau tremblement de terre à Van, deux hôtels s’effondrent : 12 morts au moins

Hier soir la province de Van a été  victime d’un nouveau séisme dont l’épicentre se situerait à Edremit, à quelques kilomètres de la ville.  Cette fois il ne s’agit pas d’une réplique de celui du 23 octobre, comme celle de magnitude 5.9 qui n’avait pas réussi à me réveiller, la nuit que j’avais passée dans un hôtel de Van aux murs complètement fissurés, quelques jours plus tard.

25 immeubles se sont effondrés sous la secousse de magnitude 5,6. Van étant devenue une sorte de ville fantôme, désertée par beaucoup de ses habitants, la plupart étaient vides heureusement. Il faut dire aussi que ce sont les congés de Kurban Bayrami (fêtes du Sacrifice) en Turquie et qu’après le séisme, les établissements de scolaires de la province ont été déclarés fermés jusqu’à la fin de ces fêtes.  Pas certain que si ce nouveau séisme avait eu lieu après la rentrée des classes, ces immeubles auraient été complètement vides.

Même si je doute sérieusement que la rentrée des classes aurait suffit à faire revenir ceux qui ont fuit la ville où la terre n’a cessé de frémir depuis. Et maintenant qu’elle a été frappée par un nouveau séisme, il doit en être hors de question pour la majorité des réfugiés.La réouverture des écoles a d’ailleurs été reportée  au 5 décembre.

Mais ce n’est pas congé pour tout le monde. Ainsi ça ne l’est ni pour les équipes de secouristes, souvent bénévoles, qui viennent en aide aux sinistrés, ni pour les journalistes qui enquêtent sur leur sort, ni pour  les équipes des entreprises de bâtiment chargées du déblaiement des décombres. Si bien que  deux des bâtiments effondrés  ne l’étaient pas. Il s’agit de 2 hôtels de la ville, l’hôtel Bayram(6 étages) un cinq étoiles  de la ville (bien connu des touristes en groupe)  où étaient hébergés des journalistes et des équipes de secouristes, et l’hôtel Aslan (5 étages), de standing bien plus modeste.

Un bilan provisoire, qui s’alourdit d’heure en heure,  annonce pour le moment 12 morts et plus de 28 blessés. Un secouriste japonais serait parmi les victimes. Ce n’est pas le premier secouriste étranger à avoir perdu la vie dans la province depuis le séisme.  Sebahattin Yilmaz, et Cem Emir, deux journalistes de l’agence DHA,  venus enquêter sur la situation à Van, seraient encore sous les décombres de l’hôtel Bayram. Par contre Cemal Ay, un ouvrier du bâtiment a été extrait sain et sauf  de ceux de l’hôtel Aslan, sous les applaudissements des sauveteurs et des badauds, plus de 17 heures après le nouveau séisme. 7 de ses compagnons, tous originaires de Tatvan, ont laissé la vie sous les décombres de l’hôtel.

Une secouriste japonaise a aussi été extraite saine et sauve des décombres.

Le propriétaire de l’hôtel Bayram vient d’annoncer que sur les 22 clients de son hôtel, 15 étaient présents lors du séisme. Selon lui, plusieurs architectes lui auraient affirmé que son hôtel était « sain »(saglik), et si des journalistes l’occupaient c’est sans doute l’information qui leur avait aussi été donnée.

Évidemment, ce n’était pas du tout l’impression que j’avais eu dans celui où nous avions trouvé refuge avec Firat, monté dans le même camion que moi à Diyarbakir pour aller retrouver Faik son meilleur ami qui creusait les décombres depuis 5 jours à Erçis, avec sa pelleteuse.

Quant aux habitants de la ville, rares doivent être ceux qui sont retournés dormir dans leurs logements, que leurs murs soient ou non fissurés – surtout s’il s’agit d’immeubles collectifs. Deux personnes âgées, avec lesquelles je partageais la dernière banquette d’un bus archi bondé à mon retour, me confiaient que depuis le séisme, elles dormaient dans leur voiture. N’en pouvant plus, elles partaient à Gaziantep, où elles comptaient se réfugier dans un hôtel.

Je leur avais rapporté ce que nous avait dit Faik, qui était en permanence en relation avec la cellule de crise ( qu’il appellait après chaque secousse que nous subissions ) : selon les informations qu’il avait,  la situation continuait à être à risques pendant au moins un mois.

Osman Baydemir, le maire de Diyarbakir  et d’autres maires BDP de la région ont demandé des comptes aux autorités, qui n’avaient d’ailleurs pas jugé utile d’inviter les élus BDP à la cellule de crise mise en place le 23 octobre (Or la municipalité de Van est BDP !) Ils demandent  pourquoi ces hôtels sont restés ouverts et comment les enquêtes de salubrité sont menées. Un groupes de protestataires a  été réprimés à coup de gazs lacrymogènes par la police. On voit que malgré les drames, les bonnes habitudes ne se perdent pas dans le coin.

J’avoue que je m’interroge aussi…

Certaines des équipes de secouristes qui rentraient quand j’arrivais sur les lieux sont immédiatement reparties pour Van. Et Kizilay, le croissant rouge vient d’y envoyer 15 000 tentes.

 

A une époque je connaissais bien l’hôtel Bayram. La première fois que je m’étais rendue à Van c’est l’hôtel où j’étais descendue. C’était avant qu’il ne soit rénové et ce n’était pas un cinq étoiles alors. J’avais été invitée à dîner par le patron après que je me sois plainte qu’un des clients se soit permis de me téléphoner au milieu de la nuit…pensant sans doute que j’étais ce qu’en Turquie on nomme une Natacha. Ensuite ça ne s’était plus reproduit et j’y suis descendue plusieurs fois.

L’hôtel Aslan, d’où un ouvrier maçon a été ressorti vivant, j’y ai passé quelques nuits aussi……..

Ajout du 11 novembre :  au dernier bilan, le séisme du 9 novembre à Van a fait 19 morts. L’exode reprend de plus belle. Les habitants qui restaient,  fuient une ville où moins que jamais ils se sentent en sécurité.

Ajout du 14 novembre. Il neige dorénavant sur les villes. Un enfant de 7 ans est mort de froid sous une tente en nylon.

 

Voici ce qui restait de l’hôtel Bayram, après le séisme. 25 personnes, dont les deux journalistes de l’agence Dogan sont mortes sous ces décombres.

Sous les tentes, les femmes sinistrées d’Erçis rêvent de crèmes de beauté. (appel à l’Oréal ou à d’autres)

Distribution d'aide alimentaire Danone

 

Quand nous sommes passés dans ce village du district sinistré d’Erçis, des militaires turcs  étaient en train de distribuer des cartons de produits Danone. Il m’a semblé qu’il s’agissait de jus de fruits, mais c’était peut-être des produits laitiers.

Les maisons de ces villageois(es) étaient pour la plupart débout, pour ce que j’en ai vu en tout cas. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas sinistrés. Devant toutes les maisons des tentes sont dressées. En effet les secousses continuent et les gens ont peur, d’autant que beaucoup de maisons sont endommagées. Toutes celles dans lesquelles j’ai pénétrées, comme celles où j’ai dormi, avaient des murs et des planchers lézardés, à commencer par l’hôtel où j’ai dormi à Van. J’ai eu un peu de mal à m’y endormir d’ailleurs , surtout après les coups de fil d’amis me rappelant charitablement ce  que je préférais « oublier », à savoir qu’un 2nd étage en cas de tremblement de terre, ça craint. Mais le dernier étage était complet et il n’y avait pas de chambre au rez de chaussée.

Mais dormir dehors dans une ville glaciale désertée par ses habitants, mes amis comme les autres, ça craignait encore plus. J’étais partie avec la tenue que je portais à Diyarbakir, où il faisait 20 degrés et comme les camions partaient 15 mn après que j’ai demandé si je pouvais partir avec eux, je n’avais pas eu le temps d’aller chercher des vêtements plus chauds.Et puis l’hôtel avait quand même résisté à un séisme, alors que j’étais certaine de ne pas pouvoir résister au froid de la nuit.

Au bout d’une heure, j’ai fini par éteindre la veilleuse : en cas de tremblement de  terre, elle ne changerait pas grand chose, et je me suis endormie, tellement crevée que j’ai du être la seule cliente à ne pas avoir été réveillée par une secousse de magnitude 5.9. vers 6 heures du matin.

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Évidemment, je suis aussi partie sans  ma trousse de toilette. Et je l’ai bien regretté quand sous une tente d’Ercis où des jeunes filles sinistrées m’avaient invitées à  partager un thé, les femmes m’ont demandé si je pouvais leur offrir une crème de jour.

Cela peut paraître étonnant que des femmes qui ont tout perdu – il ne leur reste même plus une photo –   demandent une crème de beauté.  Mais je n’ai eu aucun mal à comprendre ce désir. L’hôtel aux murs lézardés de Van, avait surtout été  l’occasion de prendre une bonne douche chaude (dommage qu’il me fallait remettre les mêmes vêtements; que j’ai conservés pendant cinq jours). Un luxe que ces femmes  n’avaient pas . Et à moi aussi  elle m’a manqué ma crème de jour.

L’aide d’urgence arrive de tout le pays (nourriture, couverture, vêtements, couches pour bébés, tapis etc..). Des tentes sont dressées qui distribuent des repas  chauds. Mais pas de tentes de  coiffeurs ni instituts de beauté.

Si Danone s’est mobilisé, l’Oréal, une marque très présente aussi  en Turquie,  pourrait peut-être en faire autant et envoyer quelques camions de produits de beauté  aux femmes sinistrées d’Erçis : leurs shampoings, leurs crèmes, leurs eaux de toilettes aussi sont restées sous les décombres, pas leur féminité.

 

 

Séisme : Sur le chemin du retour de Van

Jeudi j’ai sauté dans un camion qui partait pour Van rempli de couvertures et autres fournitures destinées aux réfugiés de Van et surtout d’Ercis. Nous sommes sur le chemin du retour avec deux amis sauveteurs venus eux aussi de Diyarbakir.

J’ai hate de changer de vetements.

A Ercis nous avons découvert des images de désolation: Impossible de reconnaitre la ville ou j’étais passée l’été dernier.

Mais nous repartons.

C’est en regardant les infos a la TV dans un hotel de Van pas mal lézardé que j’ai appris la nouvelle vague d’arrestations d’intellectuels proches ou membres du mouvement kurde. Cette fois c’est la commissipm chargée de la réforme const,tutionnelle qui est ciblée.