Massacre de civils à Uludere (Roboski) : 2 ans et les familles attendent toujours justice.

roboski Uludere victimes

C’est dans la nuit du  28 décembre 2011 qu’une série de F16 décollaient de Diyarbakir pour aller bombarder un convoi de petits contrebandiers  kurdes qui venaient de traverser la frontière les tuant presque tous dans une série de frappes.  2 ans plus tard, seuls quelques  fanatiques peuvent encore croire qu’ils aient été tués par erreur (et seuls ceux qui veulent le croire pensent qu’ils trafiquaient pour le PKK).Mais  les familles des 34 victimes attendent toujours que justice soit rendue et aucune d’elles, même celles qui ont ensuite reçu la visite de madame Erdogan, venue se recueillir sur les tombes de leurs proches (familles « triées sur le volet » dit-on, c’est-à-dire non sympathisantes du BDP, le parti kurde) – n’a accepté de toucher à l’indemnisation que l’état turc leur a versée en guise d’excuses. Excuses qu’il n’a pas juger utile de donner.

La commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’affaire n’a pas jugé utile non plus de trop creuser, au point que les députés BDP et CHP qui la composaient avaient préféré la déserter avant qu’elle donne ses conclusions. Quant à la justice, elle a choisi de se déclarer incompétente et elle a renvoyé le dossier à…un tribunal militaire.  Autant dire tous semblent s’être mis d’accord pour étouffer ce qui a été le plus grand massacre de civils des dernières décennies en Turquie.

Et pour ceux qui comprennent le turc, le documentaire d’Ümit Irvanç (ne pleure pas maman, je suis dans un bel endroit)

Ce refus de faire la lumière sur ce massacre, comme celui de libérer les nombreuses personnes emprisonnées dans le cadre des grandes opérations contre le KCK y est pour beaucoup dans le manque d’optimisme que les Kurdes ont manifesté pour le processus de paix , processus auquel la plupart de mes interlocuteurs  ne croient guère et la récente visite de Massoud  Barzani aux côtés de Recep Tayyip Erdogan à Diyarbakir n’y a rien changé.

Comme l’an passé, ce second anniversaire est marqué par des manifestations dans toute la région kurde. Une région où les armes des combattants se sont tues depuis le début de ce qu’on nomme « sürec », le processus de paix dont personne n’a jamais  très bien su où il allait (aujourd’hui n’en parlons pas) – heureusement en période électorale personne n’a envie de briser le cessez le feu instauré –  mais non exempte de tensions. Ces dernières semaines, trois personnes ont été tuées par les balles des Özel tim (équipes spéciales)  lors de manifestations à Yüksekova, déclarée « ville morte » (aucun commerce n’a ouvert) pendant plusieurs jours. Naturellement les gaz lacrymogènes l’ont a nouveau régulièrement submergée .   Difficile de n’y voir qu’un hasard alors que le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan est fragilisé par une série de révélations fracassantes. Et le nouveau refus par le tribunal de Diyarbakir de libérer les derniers élus kurdes emprisonnés  n’arrange pas les choses.

Le  28 décembre risque donc d’être une journée encore chaude dans la région – notamment dans des villes comme Diyarbakir, Yüksekova (où les magasins resteront fermés ce jour là) , Cizre et bien sûr Sirnak.

 

manset uludere Roboski Zaman

Cette période plus que délicate pour le gouvernement AKP sera-t-elle davantage propice à plus de lumière sur cette terrible affaire   ? En tout cas  nombreux sont ceux qui n’imaginent pas qu’une telle opération ait été possible sans l’accord du chef de gouvernement. Et l’influent journal Zaman – l’organe de presse du mouvement fetullahci (la Cemaat) en guerre ouverte contre le gouvernement  est le premier à faire la UNE sur ces familles qui attendent depuis deux ans que justice soit faite.

Mais à vrai dire, impossible de prédire ce qui sortira de la confusion ambiante.

Actuellement c’est à Taksim (où Sirri Surreyya Önder et Ertugrul Kürkçü avaient appelé à la mobilisation), à Izmir,   à Ankara ( des milliers de personnes rejoignent le bâtiment de l’AKP ) et dans toute la Turquie où on manifeste contre la corruption  que ça chauffe. Mais si le mouvement Gezi repart – comme il fallait s’y attendre –  cela m’étonnerait que cette fois les TOMA de Diyarbakir soient envoyés à Istanbul et Ankara.