23 avril, fête des enfants à Hakkari : couleurs républicaines – couleurs kurdes.

Yüksekova 23 avril fête des enfants. lycéennes robes kurdes

Comme chaque année, la Turquie célébrait la fête des enfants le 23 avril  Une fête très républicaine à laquelle participent tous les enfants des écoles. On commémore le même jour la souveraineté nationale : le 23 avril 1920 se constituait le premier Parlement de ce qui deviendra, 3 ans plus tard, la République de Turquie et est présidé par Mustafa Kemal Atatürk.

Les écoles de  Yüksekova et de Semdinli, dans la province kurde d’Hakkari  étaient mobilisées pour la fête. Les représentants de l’État aussi. Ce jour là des gendarmes ont distribués des cadeaux aux enfants à Hakkari.

Mais un peu comme les fêtes du Heiva (14 juillet) en Polynésie française, qui sont davantage une  grande fête de la culture polynésienne, avec ses concours de danses, d‘himene (chants polynésiens)  et courses de pirogues qu’une fête républicaine, pour la fête des enfants la culture kurde de la province est de plus en plus à l’honneur.

Comme toute fête républicaine, cela commence par l’hymne national. A Semdinli,  les représentants de l’armée participaient à la cérémonie officielle. Il est vrai que dans les lycées du pays, des gradés sont aussi chargés de cours. Les autorités municipales (BDP) par contre ne s’y sont pas associées.

Semdinli 24 avril fête des enfants hymne national  soldats

Et naturellement Atatürk, le père de la nation, omniprésent dans les programmes scolaires, est célébré. Dans le lycée  anatolien de Yüksekova, TOKI un autre symbole de l’État, plus contemporain celui là, est aussi affiché.

Yüksekova fête des enfants 23 avril TOKI Atatürk

Deux petits privilégiés ont pris la place du kaymakam, le représentant de l’État dans le district pour l’occasion. (A Ankara, c’est au bureau du chef de gouvernement que d’autres se sont assis).

Yüksekova 23 avril fête des enfants. officiels

Des costumes rouge et blanc, couleurs de la République de Turquie pour ces petits de Yüksekova. Une tenue républicaine très musulmane (vue son âge)  pour une des petites filles.

Yüksekova 23 avril fête des enfants.rouge et blanc

En version rouge, noir et blanc pour ceux -ci.

Yüksekova 23 avril fête des enfants. rouge blanc noir

Rouge et blanc, encore, à  Semdinli

Semdinli 24 avril fête des enfants rouge et blanc

Celles-ci  ont adopté le rose que les poupées Barbie ont fait adorer des petites filles, même à Yüksekova (hélas)

Yüksekova 23 avril fête des enfants. rose

Rose rouge pour les filles et costumes et danses kurdes pour tous, par contre pour ces petits de Semdinli

Semdinli 24 avril fête des enfants danses kurdes

Dans la même école, un professeur a initié sa classe au théâtre loufoque.

Semdinli 24 avril fête des enfants théâtre

Si les écoles de Foca sont au bord de la mer, les écoles de Semdinli ont bien vue sur la montagne. Moins de touristes s’y rendent, n’empêche que la région est superbe.

Semdinli 24 avril fête des enfants vue montagne

Plus de danses en rouge et blanc, mais danses en costumes kurdes aussi, pour les plus grands dans les écoles de Yüksekova.

(cela doit sans doute aussi dépendre du professeur et si l’école est fréquentée ou non par les enfants des forces de l’ordre, policiers et militaires)

Yüksekova 23 avril fête des enfants.  danses kurdes 4

Séance de pose dans les beaux vêtements kurdes avec le professeur

Yüksekova 23 avril fête des enfants. costumes kurdes. 2

Encore mieux quand on y est aussi les vedettes, dans les robes kurdes des jours de fêtes. Yüksekova 23 avril fête des enfants. robes kurdes

Dans cette classe, c’est la kina gecesi (nuit du henné) d’un mariage kurde qu’on a dansé. Le fiancé est rayonnant. Bon, le vert du voile de la fiancée est juste passé à l’orange (on est dans une école de la République quand-même)

Yüksekova 23 avril fête des enfants. costumes kurdes

La fiancée resplendissante dans sa robe rouge. Le fiancé semble davantage intimidé depuis qu’elle a retiré son voile.

Yüksekova 23 avril fête des enfants. mariage kurde 2

Un air plus modeste pour la fiancée (qui a bien appris la leçon) devant la corbeille du kina. Le fiancé semble toujours aussi intimidé.

Yüksekova 23 avril fête des enfants. mariage kurde

Les invités de la noce, dansent. Il y a pas bien longtemps , c’étaient les tenues portées par tous les villageois et villageoises du district. Ces coiffes à pompons multicolores sont quand-même plus seyantes que le foulard islamique contemporain. Ils sont beaux aussi les garçons.

Yüksekova 23 avril fête des enfants.  costumes kurdes 4Yüksekova 23 avril fête des enfants.  mariage kurde 6A partir des années 80, comme la langue et les chants, les costumes kurdes ont été interdits par la République. Dans les villages ils sont restés tolérés, mais de telles festivités étaient inimaginables il n’y a pas si longtemps,dans des écoles, principales vecteurs du bourrage de crâne républicain.

Ce monsieur doit se réjouir de voir ainsi danser ses petits enfants.

Yüksekova 23 avril fête des enfants.  grand père

A Hakkari, chef lieu de la province,  des festivités officielles étaient organisées pour la « fête de la souveraineté nationale et des enfants ». Là ça devient sérieux : c’est  le moment de l’hymne national.

Hakkari 23 avril fête des enfants officiels

C’est sous le regard d’un fondateur de la République géant et d’un immense drapeau que les petits font leur show

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. danses orientales

Des danses et robes kurdes d’Hakkari aussi parmi  les prestations.

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle

Ambiance républicaine dans le public

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. public

Pour les officiels de la province, un repas champêtre « de la paix » était organisé. Enfants et femmes n’étaient pas conviés aux réjouissances (machiste la République à Hakkari ? ).Madame la maire d’Hakkari, BDP, nouvellement élue a sans doute décliné l’invitation.

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. repas. 2Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. repas

On y dansait quand-même le halay entre hommes :  ceux qui mènent la danse sont peut-être (pas certain) des notables de villages korucus

Hakkari 23 avril fête des enfants cérémonie officielle. halay

Le 23 avril, c’est aussi le jour où on rappelle que ce n’est pas la fête pour tous les enfants en Turquie, où plus de 8 millions d’enfants sont contraints de travailler, comme les petits cueilleurs de fraises de la région de Mersin.

Le BDP, le parti kurde qui n’a pas pris part à cette fête très républicaine rappelle que nombreux enfants ont été tués par l’Etat cette dernière décennie en Turquie, et comme pour les adultes leur mort reste systématiquement impunie.

 

Enfants tués par l'EtatBerkin Elvan (14 ans) dont le prénom – et la maman – est kurde et qui est devenu le principal symbole  de la répression (et de l’impunité) policière du mouvement Gezi, n’est que le dernier d’une longue liste. La plupart des enfants tués sont kurdes, comme  Ugur Kaymaz, 12 ans, assassiné de 14 balles par des policiers à Kiziltepe (Mardin ) ou  Ceylan Önköl (14 ans) dont la famille avait elle même du rassembler le corps déchiqueté à Lice (Diyarbakir). Ou encore Seyfullah Turan (16 ans) frappé violemment à la tête  à coups de crosse de fusil, sous l’œil d’une caméra de TV tandis qu’un de ces camarades (14 ans ) se noyait dans la rivière glacée en fuyant, il y a cinq ans, un  23 avril 2009 à Hakkari.

 

 

 

 

 

 

Sous fond de bagarre au sein de l’Etat turc : cherche-t-on à exaspérer les Kurdes ?

Sebahat Tuncel

J’ai commis une erreur d’appréciation dans mon précédent billet. En effet, les villes kurdes sont restées calmes pour  le second anniversaire du massacre de Roboski (Uludere).Même Hakkari et Yüksekova sont simplement restées « villes mortes », c’est-à-dire que pas un commerce – boulangeries exceptées – n’a ouvert. Mais elles ne se sont pas embrasées.

Bien sûr dans ces deux villes, quelques  groupes de gençler se sont manifestés, allumant des feux dans leur quartier et entravant la circulation, recevant en échange quelques jets de gaz lacrymogènes. Un phénomène spontané, comme j’en ai déjà vu à Yüksekova (les voitures qui passent alors près du feu prennent la peine de klaxonner, c’est plus prudent de manifester son approbation) et  qui rappelle –  chants pro PKK en sus – les groupes de gamins de certaines de nos villes qui confortent leur sentiment de puissance en se baladant en bande, capuche rabattue sur le visage, le soir tombé.  Mais il n’y a  pas eu  d’affrontements  violents avec les forces de l’ordre.

Et ce n’est certainement pas du au hasard. Il est probable  que le parti kurde a tout fait pour éviter que cela ne dégénère. Ainsi à  Yüksekova il n’a pas appelé à manifester et à Hakkari, c’est la veille alors que les magasins étaient ouverts qu’avait lieu une manifestation.  La grande commémoration, c’est à Roboski même qu’elle a eu lieu.  Miran Encu, tante de Velat Encu (16 ans), une des victimes du massacre y a succombé d’une crise cardiaque.

Ceux qui suivent les événements de la région à travers les médias turcs peuvent avoir le regard un peu faussé. Mais il faut se rappeler comment l’arrivée de Selahattin Demirtas, le vice président du parti kurde,  comme député d’Hakkari avait déjà calmé le jeu. Il y a trois ans, les villes de la province étaient continuellement en ébullition, on  n’y comptait plus les journées « ville morte » et les affrontements avec les forces de l’ordre étaient presque quotidiens.  Les jeunes de Diyarbakir considéraient ceux d’Hakkari comme des héros (les médias pro kurdes aussi). Mais sur place c’était moins évident. En fait, plus personne ne savait d’où venait les ordres de fermer (transmis  aux commerçants par des gamins). Demirtas  avait  remis de l’ordre dans tout ça. Les villes de la province ont pu respirer (au propre comme au figuré ). Et c’est entre autre ce qui explique sa grande popularité à Hakkari.

 

2 morts yuksekova décembre 2013

Pourtant le moins qu’on puisse dire c’est que tout semble être fait pour exaspérer les Kurdes. D’abord 3 morts par balles des özel tim (équipes spéciales)  lors de deux manifestations à Yüksekova (province d’Hakkari, sur la frontière irakienne et à 2 pas des camps PKK de Qandil).  Deux (un homme et son neveu) le 6 décembre, le troisième quelques jours plus tard. Des affrontements ont même eu lieu dans  l’hôpital de la ville où un groupe attendait des nouvelles des deux premières victimes, affrontements si violents que l’hôpital, envahi par les gaz lacrymogènes,  a été vidé de ses patients.

Et ce n’était pas un « dégât collatéral », l’hôpital est situé  en pleine campagne à plusieurs kilomètres du centre ville (il a été construit sur les terres d’un député AKP…)

Yuksekova olay decembre 2013

Or si la province d’Hakkari est une habituée de la répression« façon Gezi » des manifs   ( disons plutôt  que le mouvement Gezi a été traité comme le sont les « manifestations illégales » kurdes) et qu’il y a donc eu de nombreux manifestants blessés et parfois tués ces dernières années dans la province, cela faisait plusieurs années  que les forces de l’ordre ne tiraient plus à balles réelles sur les manifestants à Hakkari. Mais le gouverneur de la province  a déclaré que les manifestants étaient armés et c’est passé comme une lettre à la poste…

Pourtant, alors que les confrontations avec les forces de l’ordre peuvent être violentes  à Yüksekova, quand y a-t-on vu des manifestants assez suicidaires pour y brandir des armes ?

Députés kurdes emprisonnés

Le 9 décembre,  Mustafa  Balbay, journaliste kémaliste et élu  député  CHP  qui croupissait en prison depuis plus de 4 ans dans le cadre du procès Ergenekon était remis en liberté à la suite d’une décision de la Cour constitutionnelle déclarant que son emprisonnement était une violation de son droit à être élu.   Mais quelque jours plus tard celle-ci était à nouveau refusée par le tribunal de Diyarbakir aux 5 élus kurdes incarcérés  dans le cadre du procès KCK, pourtant eux aussi en attente de jugement.

Le parti proteste avec virulence , mais la rue kurde ne s’embrase pas (à part à Yüksekova où ça bardait encore salement le 23 décembre)…

Mais le jour même où  la région commémorait le massacre de Roboski, massacre pour lequel la justice  a fait preuve de bien moins de diligence dans sa quête pour en  désigner les responsables (en réalité elle a étouffé l’affaire), la Cour suprême  vient de confirmer en appel la peine de 8 ans et 9 mois de prison pour « appartenance au PKK » dont avait écopé Sebahat Tuncel, députée du BDP (parti dont elle a démissionné pour rejoindre avec  Ertuğrul Kürkçü  et Sırrı Süreyya Önder, le HDP : un mouvement qui rassemble des partis  de gauche)  . Une peine qui risque de lui faire perdre sa place de députée et de la renvoyer en prison (d’où elle était sortie lorsqu’elle avait été élue députée d’Istanbul en 2007).

Si elle devait être démise de sa fonction de députée, je ne sais pas qui profiterait de sa place à l’Assemblée : un député AKP, comme à Diyarbakir après que Hatip Dicle ait été l’objet du même procédé, ou un député de l’opposition CHP ou MHP (qui accepterait ou non de « profiter de l’aubaine »)? En tout cas les députés du BDP qui avaient été contraints de se présenter en candidats indépendants n’ont pas de « suivant sur la liste » pour les remplacer , donc le groupe BDP perdrait encore un siège.

C’est une visite à Qandil en 2004, dans un camp du PKK qui lui vaut cette condamnation…alors qu’un processus de paix est engagé avec ce même PKK et que des visites, Qandil en a eu à la pelle depuis (et que normalement tout le monde devrait quand même se réjouir que les combattants des deux camps aient cessé de s’entretuer).

Mais le processus de paix a été engagé sans que la très controversée législation anti-terroriste n’ait été amendée. L’article 380 à la très vague formulation a permis de condamner Sebahat Tuncel (et bien d’autres)  pour  « soutien à une organisation terroriste dans l’objectif de commettre des crimes ». Maintenant la  « guérilla judiciaire » qui fait rage en Turquie  peut complètement faire dérailler le  processus du paix. D’autres députés kurdes ont eux aussi été condamnés et restent sous la menace de condamnations en appel. C’est le cas notamment d’Ahmet Türk ou d’Aysel Tugluk. Le couperet peut donc continuer de tomber sur le parti kurde.

Bref, alors que la justice remet en liberté un député CHP, non seulement elle refuse de faire de même pour les députés BDP emprisonnés, mais elle prend dans le même temps une décision qui risque d’envoyer une députée du mouvement kurde de plus en prison ! Et pas n’importe laquelle, Sebahat Tuncel est un « poids lourd » du parti (même si dans le parti il n’est pas vraiment de bon ton de parler de poids lourd, elle est quand-même très populaire près de l’électorat). De plus elle est Kurde alévie. Et s’il y a bien un segment de la population exaspéré par le gouvernement Erdogan (qui a tout fait pour cela), ce sont les Alévis.

Et tout ça le jour anniversaire du massacre de 34 civils kurdes dont la plupart n’avaient pas 20 ans, bombardés par des F16 à Roboski et dont certains auraient pu être sauvés si un hélicoptère ambulance avait été envoyé sur les lieux du massacre. Ce qui n’a pas été le cas.

Là, ce n’est même plus de deux poids deux mesures dont on peut parler…

C’est même tellement gros, que ce n’est pas sûr que cela suffise a embrasé la rue kurde qui quand même se méfie. Les Kurdes ont  l’habitude d’être instrumentalisés dès que des tensions se profilent dans le pays. Et depuis qu’il siège à l’Assemblée  (ce qui est tout nouveau), le parti kurde a su faire preuve de maturité. Le fait qu’il existe maintenant un Kurdistan irakien y est sans doute aussi pour beaucoup.  Dans les  tensions qui traversent le pays, le mouvement kurde pourrait préférer suivre l’exemple de son cousin syrien et jouer sa propre carte – comme il l’a fait lors du mouvement Gezi.

Mais il va falloir qu’il fasse preuve d’un sacré doigté s’il veut éviter que la région kurde soit happée  dans les tensions , car dans la tourmente actuelle vraiment tout semble fait pour pousser les Kurdes à bout.

Le 1er janvier : ajout

J’apprends que les avocats des 5 députés  kurdes du BDP incarcérés ont à leur tour déposé un recours devant la Cour Constitutionnelle. Je suis un peu étonnée qu’ils n’y aient pas songé plus tôt, mais sans doute était-ce une stratégie des avocats d’attendre ce qu’elle déciderait pour le député CHP Balbay.

Dans le même article d’Hürriyet Today’s  je découvre aussi qu’Engin Alan, député MHP (extrême droite) dont la cour suprême d’appel a confirmé en octobre dernier,  la sentence à 28 ans de prison dont il a écopé  dans le cadre du procès Balyoz (Ergenekon), risque de lui aussi de perdre son immunité parlementaire. Et ce serait imminent : en effet cette même cour se préparerait à demander la levée de son immunité. Et évidemment dans ce cas, ça m’étonnerait qu’il puisse y avoir 2 poids 2 mesures (cela ne marche pas dans tous les cas) . S’il perd son immunité, le tour de Sebahat Tuncel risquerait de suivre.

Le 2 janvier,2 députés du BDP Pervin Buldan et Sirri Sürreyya Önder  qui venaient de porter une lettre d’Öcalan, le leader emprisonné  du PKK à aux commandants militaires de Qandil, vont rencontrer les nouveaux ministres de l’intérieur et de la justice  (nommés dans le cadre du remaniement ministériel sous fond de scandale de corruption). La direction du KCK (branche urbaine du PKK)  n’ayant cette fois pas répondu par lettre, sa réponse à celle d’Öcalan n’a pas été rendue publique

.Efkan Ala, le nouveau ministre de l’intérieur est un proche d’Hakan Fidan, le chef des services secrets turcs (MIT) et principal artisan du processus de paix depuis les « négociations (alors secrètes) d’Oslo. Il a aussi  été le gouverneur de Diyarbakir entre 2004 et 2007 (c’est à dire pendant la semaine de violentes émeutes urbaines dont la répression avait fait plus d’une dizaine de morts, la plupart des mineurs et des centaines de blessés ).

Et la veille de la nouvelle année, ça a bardé près de Yüksekova.  3 jeunes du village de Yesilova  dans le district Semdinli (Hakkari) ont été gravement blessés lors d’une confrontation avec l’armée. Cela faisait une dizaine de jours que les habitants de ce village de contrebandiers bloquaient la route pour protester contre la construction d’une nouvelle caserne. Cette fois par contre les villes de la province ne se sont pas embrasées… Je persiste à penser que cela est significatif, même si ce calme est précaire.

 

 

Les Yüksekova Haber : un site d’information kurde en plein essor.

Les lecteurs réguliers de ce blog connaissent forcément le site des  Yüksekova Haber.   J’y puise régulièrement des informations que je transmets ensuite en français sur ce blog et je fais partie de la centaine de milliers de  visiteurs quotidiens, qui comme moi s’y baladent  ( 1 à 2 millions de clics  par jour).  Ce qu’ils ignorent peut-être c’est que les Yüksekova Haber ont aussi une version imprimée, il est vrai éditée en un nombre limité d’exemplaires (environ 500). En effet  pour ses lecteurs, les Yüksekova Haber c’est d’abord un site, que ceux qui s’intéressent de près à la province kurde d’Hakkari et à la question kurde en général fréquentent souvent plusieurs fois par jour.

C’est sur le site des Yüksekova Haber par exemple que j’ai visionné  début août   la vidéo    transmise par une agence kurde de Syrie proche du PYD  (ANHA) montrant des images d’un massacre de villageois kurdes à Tal Abyad , près d’Alep par le groupe Al Nusra, une branche locale d’Al Qaida, massacres passés inaperçus de la communauté internationale, mais qui ont produit une très  forte émotion  chez les Kurdes.  Plus  de 300 000 visiteurs ont visionné cette vidéo sur le site , qui ont laissé plus de 80 commentaires (yorum),  le dernier remontant à quelques heures… Et une fréquentation régulière du site suffit à faire saisir à quel point les Kurdes de Turquie ont le regard tourné vers cette partie du Kurdistan qu’on n’appelle plus que Rojava , où depuis un mois les combats font  rage entre les groupes islamistes radicaux et le PYD (la branche locale du PKK).

Ici une image de réfugiés de la région de Rojava qui fuient au  Kurdistan irakien en franchissant le pont flottant jeté sur le Tigre à Semalka . Depuis la toute récente  réouverture  de la frontière  (Kurdo-irakienne/syrienne), fermée depuis mai dernier par les autorités du Kurdistan irakien, ils seraient près de 30 000  à avoir trouvé refuge chez leur  voisin kurde.

 

C’est aussi par  le site des Yüksekova Haber que, comme des centaines de milliers d’internautes, j’avais appris  que les bombes lâché par les F16  que j’avais entendus décoller à Diyarbakir avaient massacré 34 civils kurdes à Uludere (Roboski).  Alors que les grands médias nationaux avaient attendu d’avoir le feu vert du gouvernement pour diffuser l’information, c’est-à-dire plus de 15 heures , les Yüksekova Haber l’avaient fait la nuit même des faits, dès qu’ils avaient été révélés  par l’agence de presse kurde Dicle. Ils ont été les premiers à en informer le public. Pas étonnant  donc que le site se soit constitué un lectorat fidèle !

Mais ce qui  fait aussi son attrait et surtout sa particularité,  c’est sa couverture des événements locaux (reportages écrits souvent accompagnés de vidéos). Je ne connais pas d’ autre média régional d’une telle qualité  en Turquie, que ce soit dans la région kurde ou ailleurs.  S’il en existe, je ne les ai pas encore dénichés. Un tour d’horizon des différents sites d’information  d’une métropole de l’importance d’Izmir, par exemple,  est presque attristant. Il ne faut pas s’étonner si on a souvent l’impression que la Turquie se limite à Istanbul…

Ainsi,  j’ai découvert  début juillet que mon ami Fahri  – un « vieux copain » d’ Hakkari, avait entrepris l’escalade du mont Sümbül ( 3467 mètres), ce qui n’est pas seulement une information d’ordre personnel, même si cela m’avait fait plaisir pour lui.  Cela signifie aussi que cet été – comme c’était prévisible avec le cessez le feu entre le PKK et l’armée turque (même si ce n’est pas dit de façon explicite en ce qui concerne cette dernière) – la situation est (relativement) calme dans la province. Il y a 2 ou 3 ans j’avais croisé deux alpinistes tchèques qui avaient fait le déplacement jusqu’à Hakkari  pour y découvrir que l’escalade qu’ils prévoyaient était interdite par les autorités. Et cela m’étonnerait beaucoup qu’elle ait été possible l’été dernier. Un été particulièrement brûlant dans la province.

Le site des Yüksekova Haber existe depuis 13 ans maintenant, profitant alors du courant de démocratisation induit par l’ouverture des négociations d’intégration avec  l’Union européenne.  Il a été le premier site Internet crée dans  la province d’Hakkari . Autant dire que ses fondateurs avaient su anticiper l’engouement pour ce média, qui caractérise la province comme le reste de la Turquie (où tous les moins de 35 ans ou presque ont un compte Facebook !). Outre les rédacteurs bénévoles – qui continuent à leur fournir des  articles, et de plus en plus régulièrement en kurde  –  ils n’étaient que deux journalistes alors : les deux frères  Erkan Capraz et son frère Necip, propriétaire du journal.

C’est en novembre 2005 avec le scandale de la librairie Umut, à Semdinli, que les Yüksekova Haber ont commencé à se faire connaître à  l’échelle nationale.  En effet, en apprenant ce qui se passait à Semdinli, (et profitant de la voiture d’Esat Canan alors député CHP de la province), Erkan Capraz s’était rendu sur les lieux et ce sont les images qu’il avait filmées qui le jour même étaient diffusées par les grandes chaînes de TV, dévoilant à l’opinion publique que des gendarmes (donc l’armée)  s’étaient amusés  à poser des bombes ( 2 morts) dans une librairie,  dans le but  d’attribuer l’attentat au PKK.

Mais ce sont surtout ces trois dernières années que le site a connu l’essor qui lui a permis de recruter une équipe de journalistes. Il faut dire que ces dernières années la région d’Hakkari est devenue le cœur de la révolte kurde et que l’actualité y est souvent brûlante. Maintenant, c’est un média qui emploie une dizaine de journalistes, dont des correspondants locaux à Hakkari, le chef-lieu de la province et à Semdinli. Et une vingtaine de bénévoles collaborent aussi régulièrement au journal. Les locaux de la rédaction est  un passage obligé pour tous les envoyés spéciaux qui se rendent dans la turbulente province et c’est devenu un site de référence pour tous ceux qui traitent  de la question kurde.

L’étoffement de l’équipe, permet maintenant aux Yüksekova Haber  d’envoyer ses propres envoyés spéciaux sur d’autres terrains et de ne plus se contenter alors uniquement de publier les dépêches des agences de presse kurdes.

 

Comme on s’y attend et comme  je l’avais déjà écrit dans un précédent billet, Erkan Capraz, le rédacteur en chef, a quelques démêlés lui aussi avec la justice turque, qui lui a attenté pas moins de cinq procès. Mais au moins, et comme c’est le cas d’autres médias « indépendants » ( alternatifs, serait plus juste – c’est naturellement un média orienté pro kurde ! A Yüksekova, cela ne peut d’ailleurs pas être autrement), comme la chaîne de TV IMC ou les journaux Bir Gün   et naturellement Bianet, on ne licencie pas à tour de bras,  comme c’est de plus en plus la mode dans les « grands médias », qui se débarrassent  de ceux  dont le ton n’est pas assez conciliant avec le gouvernement AKP. Au contraire de jeunes journalistes y apprennent leur métier !

Les lecteurs du site savent aussi que grâce à sa galerie de vidéos, c’est aussi le site des jeunes mariés d’Hakkari.  Et les mariages de la province sont les plus beaux du pays, du moins c’est mon avis. Celui d’Erkan Capraz l’été dernier était donc très beau aussi.

Et Paris pour destination d’un voyage de noces, c’était pas mal non plus…

 

 

 

 

 

Seker Bayrami ( fin de Ramadan) un peu tendu à Yüksekova.

Le 6 Août,  Ramadan touchait à sa fin. Malgré la nuit tombée annonçant la fin du jeûne  et la fraîcheur relative qui règne cette année dans la région, les çay bahçesi  (jardins à thé) des parcs de Diyarbakir, restaient à moitié vides. Où était passée la foule qui d’ordinaire s’y presse en période de Ramadan, une fois le repas d’iftar avalé ?

Soit on restait briquer la maison, où les premiers misafirs accomplissaient déjà leurs visites. C’était ainsi chez mes amis de Kayapinar. Les parents offraient le thé sur le balcon à leurs visiteurs, tandis que les filles de la famille nettoyaient la cuisine de fond en comble. Ailleurs on commençait déjà la préparation des börek.

Soit on faisait les courses de Seker Bayrami. «  Actuellement on travaille jusqu’à minuit » , m’avait confié quelques jours plus tôt un tailleur. «  Et pour les fêtes, on restera ouvert jusqu’au matin ». Les clients affluent qui veulent faire retoucher un des vêtements achetés pour l’occasion. A  Seker Bayram, comme pour Noël  en France, on offre des cadeaux, essentiellement des vêtements. Autrefois, c’était le jour où on achetait la paire de chaussures de l’année, dans les familles pas trop pauvres.

L’été dernier, j’étais à Yüksekova pour les fêtes. Ce n’était  pas très raisonnable comme destination pour les fêter. En effet, alors que la Turquie découvrait médusée (enfin le quidam, car cela n’avait certainement pas étonné ceux qui suivent d’un peu près la question kurde, ni tous ceux qui se rendent pour affaires au Kurdistan irakien), les drapeaux du PYD – le petit frère du PKK –  qui flottaient  sur Rojava, le Kurdistan syrien, à sa frontière  et des foules en liesse  brandissant le portrait d’Öcalan,  le PKK avait attaqué fort dans la région d’Hakkari.  Mais Rojina une des filles de Süleyman m’avait déjà passé un savon au téléphone « Anna abla, niye Noëlde gelmedin ? !!  » car je n’étais pas revenue pour  Noël (les enfants avaient aimé l’arbre de Noël dans le jardin enneigé). J’avais donc promis de venir fêter bayram avec eux.

Et puis si j’avais attendu que le calme règne dans la région avant d’y revenir, je n’y aurais plus mis les pieds depuis 2004. J’ai quand-même évité cette fois d’arriver un 15 août. Je n’ai donc pas subi la panique qui s’est emparée de la foule qui faisait des emplettes ou participait à la fête en rouge – vert – jaune  organisée pour commémorer le début de l’insurrection armée du PKK, lorsqu’une ses bombasi avait explosé cette nuit là. C’est une bombe qui comme son nom l’indique se contente de faire du bruit, mais évidemment quand elle explose, personne ne sait qu’il ne s’agit « que » d’une ses bombasi .

J’étais donc arrivée le 16 août. Et il n’était évidemment pas question de se balader un peu dans la région où des zones entières étaient  interdites. Les villageois qui y vivent pouvaient les quitter, mais alors ils ne pouvaient plus retourner dans leur village. J’ai même refusé la mort dans l’âme une invitation des footballeuses d’Hakkari à passer quelques jours avec elles.

On disait qu’à diverses reprises le PKK avait installé des checkpoint en pleine ville. Je n’ai pas été témoin de tels faits. Mais si ces checkpoint de « leurs guérillas » ne semblaient pas inquiéter  la population, tout le monde se demandait comment cela allait tourner. L’ambiance était telle, que Süleyman ne m’a pas laissée une seule fois sortir seule. Même pour aller faire une course à 100 mètres de là, un des enfants m’accompagnait systématiquement. Et j’accélérais le pas à chaque fois que je passais devant le poste de police, gardés par des policiers sur armés. Pas envie de me retrouver éventuelle victime collatérale.

Il nous a même réprimandées, quand la veille de la fête, on est allé faire des emplettes, avec sa femme et les filles de la maison, après le dernier repas d’iftar  : « Pourquoi vous ne les faites pas dans la journée ?  On ne sait pas ce qui peut se passer. Une bombe peut exploser à tout moment ! ».

Seulement, comme dans le reste du pays, les femmes avaient passé la journée entre grand ménage et fourneaux. Donc les courses, c’était pour la nuit.

Et nous n’étions pas les seules. Ce soir là  la rue principale  était la proie d’un embouteillage monstre. C’était la première fois que je voyais ça. Et comme partout ailleurs en Turquie, commerces, salons de coiffure, cafés et restaurants sont restés ouverts et envahis par la foule jusqu’au petit matin.

Les cireurs de chaussures n’ont pas chômé non plus.

Heureusement, ce ne sont pas des odeurs de poudre, mais des odeurs de grillades qui se répandaient dans le merkez cette nuit là.

…envahi par les petits commerçants de rue

Les filles avaient commencé par une halte chez la coiffeuse.

Le choix  de bijoux, c’était ensuite.

Évidemment, on n’est pas à Bodrum. Hewlêr, c’est le nom kurde d’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

Cela étant, on n’est pas si dépaysé que cela non plus.

Les  cabines d’essayages, l’endroit idéal  pour discuter un brin  avec clientes et vendeuses, un peu surprises quand même de rencontrer une « fransiz » dans le magasin. Et qui se prêtent volontiers à une séance de pose.

Adorables les vendeuses, pourtant elles étaient épuisées. Au boulot depuis le  matin jusqu’à l’aube suivante, sans même de pause dîner « C’est Yüksekova, pas l’Europe ici ».

Pas de cadeaux de Noël, mais les cadeaux de seker bayrami.

Le lendemain, les enfants partent en tournée de maison en maison, où leur sont offerts des bonbons disposés à cet effet dans de grandes coupes. Objectif : être celle ou celui qui en récoltera le plus dans son petit sac.

Newroz 2013 : la foule à Siverek, la neige (et la foule aussi) à Hakkari.


Cette fois les Urfa Haber n’ont pas escamoté son W à Newroz (comme la plupart des médias turcs (pas tous) continuent  de le faire, toujours aussi coincés malgré le processus de paix).  Et les images sont impressionnantes :  il y avait foule à Siverek pour fêter Newroz 2013.

La petite ville est certes  la patrie de Mehmet Uzun, de Yilmaz Güney (par son père) et de quelques autres célébrités kurdes. Mais ce doit être la première fois, que la fête en rouge vert jaune y attire une telle affluence.

Ahmet Türk, le député de Mardin avait fait le déplacement pour prêcher la bonne nouvelle.

Apo aussi était présent…enfin, son effigie

 

A Hakkari, qui l’a fêté un peu  tôt, il  neigeait pour Newroz. Cela n’a pas découragé la foule. Et comme d’habitude – processus de paix ou non – il y avait de l’ambiance !

A Yüksekova, 2 jours plus tard, le printemps s’annonçait par contre dans la province à en juger la tenue des filles….Mais il ne faut sans doute pas s’y fier. Il ne devait pas faire bien chaud. Mais au moins il ne neigeait pas.

Et comme on le voit sur la vidéo,  Öcalan était à l’honneur.

Il n’y a plus qu’à attendre sa feuille de route, jeudi 21 à Diyarbakir « Le peuple kurde et le peuple turc seront tous les deux gagnants » a annoncé Gülten Kisanak à Siirt, qui apparemment a toujours de la voix. Je ne sais pas comment elle fait, elle n’arrête pas les discours de meeting depuis le début du mois !

Il faut bien cela il faut dire pour que les Kurdes sympathisants du BDP  commencent à y croire à ce processus de paix . Je les ai trouvés  assez réservés,  Rien à voir avec l’enthousiasme du début de l’Acilim en août 2009. C’est vrai qu’il avait vite été douché. On comprend donc que cette fois, ils attendent de voir. Mais ça ne veut ne pas dire que cette fois ne sera pas la bonne.

En attendant :  Newroz piroz be ! (avec une pensée pour ceux qui le fêteront dans la cellule de leur prison, dans lesquelles il y devrait y avoir quelques halay et beaucoup d’espoir  quand-même)

Et j’ajoute une vidéo de Newroz à Van, qui a ouvert le bal le 17 mars, avec Ciwan Haco sur le podium.

 

 

 

 

 

 

 

 

Istanbul sous la neige secouée par un séisme M 6.2 dans la mer Egée

Un vent de panique a soufflé cet après midi dans l’immense mégapole turque déjà à demi paralysée par la neige. A 16.16 exactement, un séisme de magnitude 6.2 dont l’épicentre se trouve dans la mer Egée, à 50 km de l’île de Bozcaada (une île que j’adore). La secousse a été ressentie dans tout le nord-ouest de la Turquie.

C’est le plus important séisme jamais ressenti par les  îliens qui  ont un peu paniqué, a déclaré  le maire de Bozcaada. Une panique qui serait vite calmée. Il faut dire qu’il n’y ni construction en hauteur, ni maisonnette misérable se fendant  en deux ou s’écroulant en étouffant ses habitants  sur l’île, comme cela avait le cas souvent le cas à   Van il y a un peu plus d’un an .  Les habitants permanents y  vivent souvent dans de solides maisons de pierre désertées par leurs habitants grecs dans les années 60.  Faik, un ami de Diyarbakir qui avait foncé à Van avec une des pelleteuses de l’entreprise de BTP de son père  dès l’annonce du séisme, en novembre 2011 et avait dégagé les décombres d’Ercis sans discontinuer pendant 3 jours et 3 nuits m’avait dit que c’était dans ce qui restait des escaliers des immeubles qu’on découvrait le plus de victimes. D’autres avaient eu leur salut grâce à une table ou un poêle.

Les habitants de la ville voisine de Canakkale  auraient eux aussi quitté en hâte les bâtiments.

Ni victimes, ni dégâts, heureusement, mais une piqûre de rappel pour les habitants de la mégapole turque. La longue faille nord anatolienne (dont un des multiples bras est à l’origine du séisme du 8 janvier)  ne passe qu’à 20 km de leur ville. C’est son activité qui  a été responsable des tremblements de terre d’Izmit et de Düzce  qui ont fait des dizaines de milliers de victimes et des dégâts immenses en Août et novembre 1999. Certains quartiers d’Istanbul n’avaient pas été épargnés. Et personne n’a oublié les nuits d’angoisse où tout le monde fuyait en hâte son logement. Depuis cette expérience traumatisante, les acquéreurs de nouveaux logements qui en ont les moyens privilégient les constructions aux normes parasismiques au luxe d’une vue sur le Bosphore. D’autant que les experts annoncent que la ville court  le risque d’être le centre d’un séisme majeur dans les décennies à venir.

 

Ouf, le big bang n’était pas pour le 8 janvier. Et ce sont davantage les caprices du ciel que les colères telluriques qui rythment  les activités de la ville géante en ce début d’année. Une succession de tempêtes et chutes de neige ont clos 2012 et  accueilli 2013.

 

Et une dizaine de minutes avant le séisme, ce sont les mauvaises conditions de circulation qui ont sans doute  été à l’origine de l’accident cet autobus urbain (ITT) dans le quartier de Yenibosnia.

Des conditions climatiques qui  font  des heureux .  Aujourd’hui les écoles sont à nouveau fermées pour cause d’intempéries.

 

Pas de chance pour les écoliers d’Erzurum. La Sibérie de Turquie a beau être sous la neige elle aussi, comme (presque) tout le reste du pays,  le Vali a décidé qu’ils iraient à l’école comme d’habitude. A Kars, par contre, ils n’y vont pas. On comprend pourquoi ! (mais ça ne doit pas être bien différent à Erzurum…)

Ecoles fermées  aussi  à Hakkari, à l’extrême sud-est du pays, où on a pourtant l’habitude des routes enneigées et verglassées.  Mais ce sont les plus fortes chutes de neige depuis 20 ans (plus de 2 mètres!) .

A Yüksekova leurs professeurs en ont profité pour s’amuser à…construire des igloos !

Effectivement le centre de Yüksekova est vraiment sous la neige, comme on le voit sur la vidéo.

Et une vidéo de la neige tombant sur Hakkari by night. Ce n’est pas toutes les nuits comme ça. Cette nuit même la ville et plusieurs centaines de villages sont sans électricité. Et pas possible de s’y rendre non plus, toutes les routes de la province sont coupées. 13 quartiers de la ville sont même inaccessibles. Cela ne m’étonne pas, c’était déjà très sportif de se rendre dans certains quand j’avais rendu visite aux footballeuses un hiver précédent.

 

Cela va peut-être  obliger les armes à se taire un peu. Un signe du ciel peut-être, maintenant que tout le monde (ou presque) est d’accord pour se parler ouvertement.

 

Saison des mariages à Yüksekova

Avec les beaux jours, revient la saison des mariages. Il faut en profiter, la belle saison est courte dans la région d’Hakkari, et cette année encore, celle des mariages sera interrompue par le mois de Ramadam, entre le 20 juillet et le 18 Août en Turquie.

 

Il y a deux ans, le parti (BDP )  avait bien  tenté d’en finir avec ces grands mariages, très onéreux pour les familles. La mairie d’Hakkari avait promulgué des « recommandations » limitant le nombre de voitures faisant convoi à l’arrivée de la fiancée que la famille du fiancé va chercher dans la fête organisée dans sa propre famille  (à une dizaine de véhicules, si je me souviens bien) ou l’or offert ( maximum 3 bracelets). Apparemment, ça n’a pas pris…J’avoue que le contraire m’aurait surprise.

 

J’adore ces immenses halay. On  y sent une communauté soudée. J’ai trouvé les danseurs bien plus « individualistes » dans leur façon de danser à Diyarbakir…ou  dans les salons de mariage de France.

 

Apporte des loukoums et des roses rouges et blanches.

A Diyarbakir, il est plus prudent ces derniers temps d’éviter de communiquer par téléphone portable. La  nièce d’amis, étudiante à l’université Dicle, l’a appris dernièrement à ses dépends. Elle considérait  le sien comme un simple  moyen de communication devenu banal, jusqu’à ce qu’un message envoyé à un copain lui ait fait comprendre que c’était un peu plus compliqué.  Ce message  disait : « Apporte des loukoums ».

Le message hautement  subversif l’a conduite en garde à vue.

Les loukoums étant une sucrerie extrêmement exotique dans une ville comme Diyarbakir, ce désir de loukoum a paru suspect. Les loukoums n’étaient pas des loukoums, très certainement.  Elle a donc été sommée d’expliquer de quoi ils étaient le code, à défaut de leur signification poétique.

J’ignore  comment elle a réussi à prouver  que les loukoums – qui devaient déjà être mangés quand elle s’est retrouvée au poste –  étaient de bien réels  loukoums, mais après quelques jours de garde à vue (quand-même), elle a été relâchée.

Heureusement qu’elle n’avait pas demandé à son copain d’apporter un poisson cru au lait de coco, pour l’anniversaire de la copine commune. Elle aurait sans doute eu plus de mal à sortir de ce guêpier.

Un jeune d’Hakkari avait subi la même mésaventure pour avoir envoyé un message demandant à son père d’apporter de l’eau d’une fontaine dont j’ai oublié le nom. Ceux qui connaissent la Turquie savent que  les eaux de source buzgibi (fraîche comme la glace) y sont très prisées et que chaque région recèle ses  sources  très réputées chez les autochtones, qui n’hésitent pas à faire un détour de plusieurs kilomètres pour aller s’y approvisionner. Mais en ces temps d’émeutes urbaines récurrentes dans la province,  l’eau claire de la fontaine ne pouvait pas être de l’eau claire de la fontaine. Elle  a donc  été  suspectée être sombre et destinée à la fabrication de coktails molotovs.

 

 

Nul n’est à l’abri d’erreur d’interprétation. Un jour où je me trouvais dans la boutique de Suleyman à Yüksekova, un client  a demandé un bouquet de roses rouges et blanches. Le rouge et le blanc étant les couleurs du drapeau turc, j’ai d’abord pensé que le bouquet de fleurs artificielles que Süleyman avait réussi à transformer en petite œuvre d’art, était destiné à une festivité officielle. Mais lorsque le client a ajouté une carte sur laquelle il avait écrit « Seni seviyorum » (je t’aime) au chef d’œuvre de Süleyman, c’est devenu clair qu’il avait une autre vocation.

A Yüksekova où plus de 9 électeurs sur 10 votent  pour le BDP – le parti pro kurde –  et où  le rouge- vert – jaune, celles du drapeau kurde, sont les couleurs à la mode dans les Kina gecesi, (nuit du henné) seul un étranger à la ville  pouvait avoir l’idée, un peu surprenante tout de même,  d’offrir un bouquet nationaliste turc à sa bien aimée – pensais-je. Comme ce monsieur n’avait pas l’allure d’un officier (les uzman –soldats payés –  qui  fréquentent beaucoup la boutique, à cause de ses oiseaux ou pour acheter les graines de millets pour ceux qu’ils possèdent déjà, n’achètent jamais de bouquet ), j’en ai conclu qu’il devait s’agir  d’un policier amoureux.

Une fois l’ amoureux parti offrir le bouquet à l’élue de son cœur , j’ai demandé à Süleyman :

–        C’est un policier ?

Il a été un peu surpris par ma question.

–        Non, c’est un Yüksekovali. Pourquoi ?

–        Parce qu’il offre un bouquet rouge et blanc à sa copine.

Süleyman m’a remis « les pieds sur terre » en me répondant que  dans le langage des roses,  le rouge signifie « je t’aime » comme chacun le sait,  et le blanc « je veux t’épouser » . Le bouquet était une demande en mariage. Ce qui est quand même plus romantique que « je t’aime aussi fort que la patrie ».

Ce n’était pourtant pas mon habitude d’associer ainsi celle d’un drapeau aux couleurs d’un bouquet. Mais durant certaines périodes, on voyait  tellement de drapeaux en Turquie, turcs ou kurdes, que j’avais fini  par avoir l’esprit légèrement  déformé. Heureusement, grâce aux roses de Suleyman, cette obsession  m’a passé avant que cela ne s’aggrave.

Il faut  maintenant espérer pour les amoureux de Diyarbakir ou d’ Hakkari  que dans l’ambiance ambiante  « seni seviyorum » ne va pas à son tour être suspecté  d’être un langage codé. Les garde à vue risqueraient d’exploser.

5 ans de mise à l’épreuve pour Erkan Capraz, journaliste aux Yüksekova Haber

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Décidément, à moins d’écrire sur les chiens écrasés, les femmes battues ou sur les frasques des stars du show biz – ou bien sûr de vanter la grandeur de la nation – le métier de journaliste n’est pas sans risque en Turquie. La république turque a le privilège d’avoir plus de journalistes emprisonnés que l’Iran. Même s’il est probable que dans la république islamique voisine, les journalistes doivent davantage s’autocensurer.

En Turquie, la parole s’est libérée et il n’y a plus de sujet vraiment tabou. Pourtant des milliers de personnes sont toujours poursuivies pour leurs écrits et lorsque un(e) journaliste ou un(e) intellectuel(le) s’exprime sur certains sujets sensibles, une épée de Damoclès est toujours dressée sur sa tête. La question kurde reste une question sensible. Et s’il y a des têtes sur lesquelles cette épée pèse, ce sont bien celles des journalistes d’Hakkari. C’est particulièrement vrai ces derniers temps.

Pourtant leur boulot n’est pas vraiment une sinécure. La plupart du temps, ce sont des journalistes locaux qui couvrent les émeutes dont la province est devenue coutumière. Leurs images sont ensuite diffusées par tous les médias du pays. Prendre ces images entre les jets de pierres et de cocktails molotovs des gamins et les gaz lacrymogènes ou les jets de flotte des camions à eau des forces anti émeutes est une activité en soi assez sportive. Mais la semaine dernière, lors des clashs qui ont suivi les funérailles d’un des PKK tués à Dersim, les journalistes auraient été  la cible de jets de gaz lacrymogènes de la police.

 

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Il y a presque un an, un tribunal d’Istanbul condamnait Irfan Aktan, journaliste originaire de Yüksekova, à 15 mois de prison pour un article publié par le journal indépendant l’Espress. Les juges l’accusaient d’incitation à la violence. Je n’en revenais pas en l’apprenant. Si tous les violents ressemblaient à Irfan, le monde serait sacrément pacifique. Mais possible que la sensibilité des juges ait été heurtée par son analyse dépassionnée de la question du PKK. Dans l’article incriminé, il n’emploie pas la terminologie fortement « conseillée » aux médias turcs par l’armée dans les années 90, et parle de combattants ou d’activistes du PKK . Enfin bon, ça fait 30 ans que les principaux médias du médias vitupèrent contre les « terroristes » sans que cela n’incite les jeunes Kurdes tentés par l’appel de la montagne à renoncer à leur projet La diabolisation n’est que la face pile de l’adulation. Elle provoque donc les mêmes effets.

 

Il y a quelques semaines, la police débarquait à 2 heures du matin chez Necip Capraz, le propriétaire des Yüksekova Haber, lors d’une rafle contre le KCK.  Il passait quelques jours en garde à vue avant d’être remis en liberté.

 

Mardi 10 mai, c’est Erkan Capraz, directeur de publication du site les Yüksekova Haber  et dont les lecteurs de ce blog ont peut-être visionné certaines des vidéos, qu’un tribunal de Yüksekova condamnait à dix mois de prison et privait d’un certain nombre de droits civiques (celui de voter entre autre). Une peine contre laquelle, il ne peut pas faire appel, parce qu’elle est suspendue pour une période de probation de cinq ans. Par contre, elle sera automatiquement appliquée si le journaliste commet le même délit pendant cette période de mise à l’épreuve. (ici l’article en turc)

Il faut espérer que pendant cinq ans, aucun cinglé n’aura l’idée d’agresser un élu kurde ! (ce qui n’est pas gagné)

En effet le tribunal l’accuse d’incitation à la haine, pour avoir publié sur le site des Yüksekova Haber un article de Selim Sakli intitulé « Nous ne sommes pas frères » ( Biz Kardes degiliz ). Un article qui dénonçait l’agression d’Ahmet Türk, alors président du DTP, le parti kurde, par Ismail Celik à Samsun.

Erkan n’en est pas à son premier procès. Il y a trois ans, il avait été accusé de faire la propagande du PKK pour avoir des publiés des images de l’attaque du PKK contre la caserne d’Aktutun (près de Yüksekova). La Cour criminelle de Van l’avait acquitté. Heureusement, parce que ce sont à peu près tous les rédacteurs des journaux turcs qui auraient risqué de se retrouver aux assises pour le même motif !  Il a cinq autres affaires en cours.

 

Et Yüksekova n’est qu’une petite sous préfecture qui ne compte qu’une poignée de journalistes !

Je doute quand même les juges s’attendent à ce que ces procès incitent les rédactions kurdes à adopter le ton et la terminologie propres à celles de Rize ou de Manisa. Leurs lecteurs les lâcheraient vite fait. Ni que depuis le temps, ils ignorent l’effet que tous ces procès ont sur les jeunes lecteurs de la province, dont beaucoup sont déjà tentés par l’appel de la montagne. Toute la propagande de Roj TV serait sans effet sur le recrutement du PKK, sans le souvenir douloureux des villages détruits, les prisons, les gardes à vue musclées et le sentiment qu’il y a deux poids deux mesures dans le pays.

 

Comme le procès où s’était rendu Ahmet Türk en tant qu’ observateur, lorsqu’il s’était fait agressé par Celik, celui du policier qui s’était acharné sur la tête de Seyfi Turan, un gosse d’Hakkari, avec la crosse de son fusil le 23 avril 2009 ( jour de la fête des enfants) a été délocalisé à Isparta. Evidement, personne n’imagine que c’est pour protéger la jeune victime, sur le chevet duquel le Vali (gouverneur) et le commandant de gendarmerie s’étaient pourtant rendus. Ce qui pouvait donner à penser que les choses commençaient à changer.

L’été suivant, mes amis qui vivent dans le même quartier à Hakkari, près de la rivière où un de ses camarades qui fuyait la police s’est noyé, me disaient que Seyfi n’allait pas très bien.

La semaine dernière, un berger de 17 ans se faisait tuer par une mine, lorsqu’il gardait ses bêtes. Une info d’une telle banalité que bien peu de médias en parlent.Mais qui toucherait sans doute Ahmet Sik, journaliste turc emprisonné depuis deux mois,  et duquel aucun journaliste  des Yuksekova Haber n’aurait l’idée d’écrire qu’il n’est « pas un frère »,

Touristes au Newroz de Yüksekova, le médiateur et la gifle de la députée.

 

Comme c’était prévisible, les festivités de Newroz ont rassemblé des milliers de personnes à Hakkari le dimanche 20 mars et à Yüksekova le lendemain. Et évidemment, il avait de l’ambiance ! Au delà des symboles – le rouge vert jaune des couleurs kurdes, les drapeaux à l’effigie du leader du PKK – et des slogans, on sent le plaisir des habitants de la région à être ensemble en affirmant qui ils sont. Cela me rappelle le sourire jubilatoire accompagnant le  » burasi Kurdistan !  » – ici c’est le Kurdistan –  du père d’une petite fille rencontrée à un mariage, la première fois que j’étais venue à Hakkari, il y a une dizaine d’années.

Comme c’est aussi l’habitude depuis quelques années, quelques touristes avaient fait le déplacement pour l’occasion. On voit sur la vidéo qu’ils font vraiment tout ce qu’ils peuvent pour prouver qu’ils communient avec la population de Yuksekova. Il y en un qui gigote comme un gamin, assis au premier rang de la classe et craignant quand même que le maître le loupe. Même quand la foule fait une pause, il continue à faire  le signe de la victoire –  des deux mains s’il vous plaît.  Je ne suis pas sûre qu’ils comprennent grand chose aux discours qu’ils acclament. En tout cas, celui que l’un d’eux prononce quand on lui fait les honneurs du podium est en italien.

Je présume qu’il s’agit d’une délégation venue en voyage organisé et reçue par les officiels du parti. Et il est probable qu’ils quitteront la région, avec les mêmes certitudes que celles qu’ils avaient en arrivant.

 

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Le journaliste turc Oral Calislar n’éprouve pas la nécessité de singer les jeunes filles de Diyarbakir qui posent avec lui sur la photo publiée par les Diyarbakir haber, pour leur prouver son empathie – ce qu’elles n’attendent pas de lui d’ailleurs. Et j’imagine mal un Ismail Besikçi  faire le signe de la victoire en braillant « biji Apo » à un Newroz. Pourtant le sociologue turc fait l’admiration et inspire le respect à absolument tous les Kurdes que j’ai rencontrés, y compris les plus dogmatiques des apocus n’admettant qu’une ligne, celle du parti ! D’ailleurs je ne suis pas sûre que ce soit son truc l’ambiance de Newroz, au professeur qui n’a jamais eu le droit d’exercer son métier pour avoir affirmer dans ses travaux que les Kurdes existaient et a passé une partie de sa vie en prison. Je le soupçonne de préférer la compagnie plus intime de quelques Dengê…

 

C’est très gentil d’appeler à la paix sur un podium et les participants au Newroz de Yüksekova ont sûrement apprécié. Mais c’est autre chose de tenter d’y contribuer. L’avocat sud Africain Brian Currin est en visite en Turquie, invité par la Tusiad. Après avoir exercé ses talents de médiateur dans son propre pays, il les a mis au service de la résolution d’autres conflits,  en Irlande du Nord, au Sri Lanka, au Rwanda etc… Est-ce que ça lui serait venu à l’idée de proclamer « longue vie à l’ETA », lorsqu’il s’est attelé à la question basque ? Les Kurdes de leur côté ne prendraient pas très au sérieux un négociateur  étranger qui lancerait « Ne mutlu Turkum diyene » (heureux celui qui se dit Turc), tout en prétendant vouloir contribuer à favoriser le dialogue que (presque) tout le monde à Hakkari croyait proche, quand la rencontre entre Tayyip Erdogan et Ahmet Turk lançait l’acilim, la politique d’ouverture,  en Août 2009.

Mais le gouvernement turc préfère finalement les négociations « secrètes »  avec Ocalan, le leader emprisonné du PKK – comme quoi le culte du chef caractérisant le PKK arrange bien tout le monde – à l’ouverture d’un dialogue avec le BDP, le parti pro kurde, branche légale du PKK. C’est le seul exemple que Brian Currin connaisse de gouvernement refusant de discuter avec un parti légal. Une posture qui selon lui, ne peut que prolonger le conflit. Le médiateur sud africain  préconise d’ouvrir de vraies négociations de paix avec le PKK, ce dernier comme les forces armées devant parallèlement s’engager à cesser les combats.

Il prédit aux différentes parties qu’elles foncent dans une impasse si chacune veut imposer SA solution. La seule solution est de parvenir à un consensus exigeant des compromis respectifs. Evidemment, plus facile à dire qu’à faire, surtout dans un pays où on a plus l’habitudes des petits arrangements vis à vis de l’autorité ou des rapports de forces, que la culture du compromis (ce qui n’est certes pas l’exclusivité de la Turquie).

Et on n’est pas vraiment là en Turquie où pour le moment, c’est la société civile qui fait preuve d’ouverture et s’est emparée du débat. Pour le reste, l’heure est plutôt à la fermeture et à la montée des tensions  : arrestations et grands procès d’élus BDP, menaces du PKK puis des TAK contre des intellectuels kurdes pas assez dans la ligne, fin du cessez le feu instauré par le PKK en Août dernier etc…. Quant aux médias dont le rôle est primordial lors d’ un processus de paix, la législation en vigueur ne favorise pas vraiment une parole libérée. Certes beaucoup de  tabous sont tombés, mais les journalistes qui s’éloignent trop du discours officiel sur la question kurde courent toujours le risque d’être traînés devant les tribunaux.

 

Dans la province d’Hakkari les manifestations qui ont suivi les festivités de Newroz se sont soldées par une nouvelle série d’arrestations d’élus du BDP. Dans la foulée, le journaliste  Necip Capraz, propriétaire des Yuksekova Haber a été arrêté, le 22 mars à 3 heures du matin. Son domicile a été perquisitionné. Résultat évidemment attendu, le lendemain la ville était à nouveau la proie d’émeutes. Et aujourd’hui c’est jeudi noir dans plusieurs villes de la région. A  Batman notamment, ça chauffe. A Diyarbakir, le maire  Osman Baydemir qui a décidemment le sens de la mise en scène, est monté sur un char de la police. Peut-être que ça a calmé les choses, mais je n’ose pas l’affirmer. 

 

C’est devenu tellement banal, que les médias turcs s’intéressent bien davantage à la gifle que Sabahat Tuncel, une députée BDP a donné à un chef de police, lundi lors du Newroz à Silopi ! Naturellement les caméras étaient là.  Certes, ça change des clichés de la femme-kurde-battue-par-sa-brute-de-mari, mais ce n’est vraiment pas terrible comme geste. D’autant que si j’ai bien compris, le policier giflé aurait pris pour des faits dont il n’était pas le responsable…  Une habitude qu’elle a peut-être prise au Parlement , où les députés ne dédaignent pas en venir aux mains à l’occasion. 

Je n’ai pas bien saisi ce qui s’était passé pour qu’elle ait l’air excédée comme ça. Apparemment il y avait des gazs lacrymogènes dans l’air. Et surtout le comportement des policiers vis à vis des élus kurdes n’est pas toujours exemplaire, ce qui semble beaucoup moins scandaliser (elle répète plusieurs fois qu’elle est une députée élue du peuple).  

  En tout cas, tout ça ne ressemble pas vraiment à une volonté de dialogue et  ça promet jusqu’aux élections du 12 juin.